Le sceau de Girard V Chabot, seigneur de Rays 1 : ambition et programme politique en Bretagne au XIV e siècle Michel Pressensé, héraldiste distingué et membre de la Société des Historiens du Pays de Retz, est l’au- teur d’un dessin qui pourrait être vu comme un sceau ou un ex-libris et qui de fait s’y identifie . Signé, daté ([mardi] 20 octobre 1981) et localisé (Dijon 2 ), il est proposé comme emblème de celle qui à ce mo- ment-là s’intitule la Société d’Études et de Recherches Historiques sur le Pays de Retz, lors de sa pre- mière assemblée générale le samedi 24 octobre 1981, à Rouans 3 . Puis publié le [jeudi] 25 mars 1982 sur les deuxième et quatrième de couverture de son premier Bulletin 4 . Il orne ensuite tous les numéros pa- rus. Le dessinateur s’inspira nettement des planches de sceaux au sein des éléments de preuves des sommes sur l’histoire bretonne des doms Lobineau puis Morice 5 . Ce qui ressort clairement à ce sujet du bilan de la séance. En effet, cet insigne reproduit l’empreinte sigillaire de Girard V Chabot , le premier des sires de Rays à se singulariser en abandonnant les armoiries poitevines ancestrales, bien que chef de nom et d’armes de sa branche 6 . Seulement, ce panonceau respecte mieux le style du modèle. Son auteur 1 Les passages de l’article et les références des notes soulignés sont des hyperliens. Dans la version électronique de l’étude, ils renvoient vers les sources imagées et textuelles consultées disponibles sur Internet (pour certaines moyennant une inscription/enregistrement sur les sites les hébergeant). 2 Préf. de la Côte-d’Or (21) et de Bourgogne–Franche-Comté. 3 C on de Machecoul, arr. de Nantes, Loire-Atlantique (44), Pays de la Loire. Compte rendu et dessin dans Le Courrier de Paimbœuf : L’hebdomadaire du Pays de Retz et du Sud Loire, 36 e année, n o 1807, vendredi 6 novembre 1981, p. 1. 4 Bulletin de la Société d’Études et de Recherches Historiques sur le Pays de Retz, n o 1, 1982 ; Le Courrier de Paimbœuf : L’hebdomadaire du Pays de Retz et du Sud Loire, 37 e année, n o 1827, vendredi 26 mars 1982, p. 1. 5 Sceau de 1368, mal identifié comme celui de Geffroi de Raiz, LOBINEAU, Gui Alexis (dom), Histoire ecclésiastique et civile de Bretagne : Composée sur les titres & les auteurs originaux, t. II, Contenant les Preuves, & pieces justificatives, Paris : Imprimerie de la veuve François Muguet, 1707, n o CXLIX [pl. 13] ; MORICE, [Pierre-] Hyacinthe (dom), Mémoires pour servir de preuves à l’histoire ecclésiastique et civile de Bretagne, tirées des archives de cette province, de celles de France & d’An- gleterre, des Recueils de plusieurs sçavants Antiquaires, & mis en ordre, t. II, Paris : Imprimerie de Charles Osmont, 1744, n o CXLIX pl. VIII. 6 Empreinte ronde de 28 mm, sans contre-sceau, appendue à un serment conservé aux Archives départementales de Loire-Atlantique, AD44, E 142-9. Fragment de cire rouge orbiculaire de 18 mm, anépigraphe (écu penché heaumé), sur la queue d’une quittance au Trésorier des guerres du [mercredi] 4 juin 1371, BnF, Ms., Fr. 28911 (Pièces Originales 2427), D. 54516, p. 3 ; ROMAN, Joseph, Inventaire des sceaux de la collection des pièces originales du Cabinet des titres à la Bibliothèque nationale, t. III, manuscrit, Paris : Archives nationales, 1929, (Centre de sigillographie et d’héraldique), n o 9358, f o 482. Auparavant, les Chabot de Rays portaient des armes parlantes. Trois relevés du XVII e siècle en font mention à propos d’une charte de Girard II en 1266, encore valet lorsqu’il confirme une dotation testamentaire maternelle pour l’abbaye cistercienne Notre-Dame de Buzay (C ne de Rouans, cf. n. 3), Extraits de Cartulaires de Bretagne , BnF, Ms., Fr. 22325 (Blancs Manteaux 41), p. 9 71 ; Monasticon Benedictinum , t. VI B, BnF, Ms., Lat. 12663, f o 329 r o , re- pris au 332 r o ; BnF, Ms., Lat. 17092, p. 68. Le sceau a disparu de l’original, AD44, H 24-6. Il recelait six chabots posés trois, deux, un. Sans doute un type de « jeunesse », avant adoubement, puisqu’il n’est pas chevalier quand il l’emploie, bien que seigneur en titre, après le décès de son père. Cela lui aurait permis, initialement, de se distinguer de son procréateur, alors que déjà détenteur de biens maritaux, B LANCHARD , René, « Cartulaire des sires de Rays », Archives historiques du Poitou , t. XXVIII, 1898, p. LXXXIII . Puis apparaissent trois chabots brisés d’un lambel, sceaux de chevalier du même en 1276, et de Girard III en 1292 (erreur pour son père, mort en 1295, ibidem , p. LXXXIX ), S ANDRET , L[ouis, Louis Armand C OUILLARD dit], Histoire généalogique de la Maison de Chabot , Nantes : Imprimerie de Vincent Forest et Émile Grimaud, 1886, entre les p. 62 et 63 , 78 et 79 (dessins non référen- cés). La marque figurée de 1292 reproduit celles préservées de 1276 (en cire verte, à côté de l’empreinte ducale), déclaration du duc Jean I er relative au droit de rachat le [ samedi ] 11 janvier 1276 (n. st.), AD44, E 151-4 . D’avril 1279, Extraits de Cartulaires de Bretagne , p. 973 , copiant AD44, H 24-7, lettres confirmant Buzay en possession de la vassalité de deux étagers (seing perdu). Ainsi que de mai 1289, au bas de la donation d’un bois aux Templiers de Lagny-le-Sec [C on de Nanteuil-le-Haudouin, arr. de Senlis, Oise (60), Hauts-de-France], AN, S 5173, n o 135 ; D OUËT D’ARCQ , [Louis], Collection de sceaux , 1 re partie, t. I , coll. Inventaires et documents publiés par ordre de l’Empereur, Paris : Imprimerie impériale, 1863, n o 1671 p. 517 -518. Les armoiries de Girard II sont décrites dans l’armorial du tournoi de Compiègne, dit de 1238, « d’or à trois cabots de gueules allumés d’argent, au lambel d’azur à cinq pendants », G Œ THALS , [Félix-Victor], « Les seigneurs poitevins au tournoi de Compiègne (1238) », Revue nobiliaire, historique et biographique , nvelle série, t. 3 e , 1867, « Gérard Cabosse », n o 21 p. 410 . L’érudit belge ne note pas sa source, en fait un manuscrit valenciennois [« Tour- nois de Compiègne en 1238 », Recueil sur les rois de l’Épinette à Lille, et sur divers combats et tournois du XIII e au XV e siècle, Valenciennes, BM, Ms. 806 (601), f os 1 à 20] édité ensuite, qui blasonne « d’or à trois têtes de gueules, éclairées d’argent, coiffées et bouchées d’az. posées de face 3 [ sic pour 2] et 1, au lambel de 5 pendants d’azur », Le tournoi de Compiègne qui eut lieu en présence du roi saint Louis au mois de juin 1238, publié d’après le Manuscrit de la Bibliothèque de Valenciennes , B ARTHÉLÉMY (DE ), Édouard, éd., Saint-Quentin : Triqueneaux-Devienne, Éditeur, 1873, n o 289 p . 30 . Paul Adam Even a critiqué cette publication, expliquant que l’armorial n’avait pu être dressé qu’en 1278, ADAM [EVEN], Paul, « Les armoiries étrangères dans les armoriaux français du Moyen Âge », Hidalguía : La revista de genealogía, nobleza y armas , año 3, septiembre-octubre 1955, n o 12, p. 792 et 794. Jean-Bernard de Vaivre va même plus loin, voyant dans cette œuvre un tournoi imaginaire, le lieu retenu n’ayant pas accueilli après la mort de saint Louis une assemblée aussi illustre et brillamment composée que celle peinte, V AIVRE (DE ), Jean-Bernard, « Le rôle armorié du combat de Montendre », Journal des savants , n o 2, 1973, p. 120 -121 et n. 93-94. Le médiéviste repositionne ces joutes fabuleuses au cours du règne de Philippe IV le Bel, période de fort développement de l’héraldique française. Ainsi, la date de « l’événement » ayant donné lieu à cet armorial est postérieure à celle envisagée dans un second temps (et donc à celle de la première empreinte préservée). Alors que les émaux rapportés pouvaient être sujets à caution, deux armoriaux composés entre 1290 et 1294 (où le lambel est absent) les corroborent, « Armorial Vermandois », Traité du comportement des armes , BnF, Ms., Fr. 2249, f o 64 v o , Armorial du Hé- raut Vermandois ou Traité du comportement des armes : édition et étude critique, armoiries et notices biographiques , éd. BOOS (DE), Emmanuel, Paris : Éditions du Léopard d’or, 2015, p. 31-32 et n o 486 p. 336-337 ; AN, AE I 25, n o 6 et MM 684 L , L’armorial Le Breton, éd. BOOS (DE), Emmanuel et DAMONGEOT, Marie-Françoise, ROGER, Jean-Marc, ROUSSEAU, Emmanuel, VIELLIARD, Françoise, Paris : Somogy éditions d’art – Groupe Malakoff – Centre histo- rique des Archives nationales, 2004, p. 16 et n o 660 p. 206. Enfin, cette figure brisée s’observe également sur les sceaux (bien que le nombre de pen- dants diverge). Les copies du XVII e siècle de deux chartes des lundi 22 janvier 1302 (n. st.) et vendredi 19 janvier 1330 (n. st.) montrent que Girard III use des trois chabots, avec (sur l’écu) puis sans lambel (sur le bouclier et le caparaçon), BnF, Ms., Lat. 5480 1 , p. 23 5 ; Extraits de Cartulaires de Bretagne , p. 989 ; BnF, Ms., Lat. 17092, p. 85 (le sceau a disparu du second acte, seule pièce encore préservée, AD44, H 25). Le blasonnement est donc correct. Les Archives nationales conservent un sceau armorial (légende détruite), donné pour Gérard de Raiz, appendu à un accord daté du [mardi] 15 mars 1352 (n. st.), avec, dans un trilobe rempli par un oiseau et deux lions, un écu chargé de deux poissons posés en fasce, AN, X 1C 6, n o 58, D OUËT D’ARCQ , o p. cit. , t. II, Paris : Henri Plon, 1867, n o 3355 p. 45 . En fait, ce sceau appartient à Jean Brideau , procureur de Raoul de Machecoul, le tuteur de Girard V, B LANCHARD , René, « Cartulaire des sires de Rays (Suite) », Archives Historiques du Poitou , t. XXX, 1899, n o CXX n. 1 p. 36 . Ce changement ne peut être le fait de son arrière-grand-père qui scelle sans brisure apparente. Son grand-père disparaît avant d’accéder à la seigneurie, 1 PROJET