Symptôme, sinthome et fin de l’analyse Dès le début du XXe siècle, Sigmund Freud commence à s’intéresser de près au symptôme. Il va opérer une véritable révolution autour de ce concept : ce qui, en médecine, est considéré comme un dysfonctionnement, il va, au contraire, en relever le mode de fonctionnement particulier. Plutôt que d’y voir une anomalie, il préfère s’intéresser à la logique du symptôme, à ce discours de l’inconscient qui gagne tant à être entendu, déchiffré et compris. C’est finalement le symptôme qui ouvre la voie à la psychanalyse ; c’est en tout cas à travers lui que Freud construit cette nouvelle discipline. C’est encore lui qui en assure la pratique, car c’est bien le symptôme qui est le facteur principal poussant un sujet à devenir analysant. Du symptôme au sinthome, en somme, il n’y a qu’un pas. Un pas de géant, certes. Celui que fait Lacan en modifiant progressivement son paradigme du symptôme, voué à muer en sinthome. Ce changement de la part de Lacan s’inscrit dans une logique : il n’est, en effet, pas sans rapport avec une évolution plus générale de son enseignement ; nous pensons là par exemple à la pluralisation du Nom-du-Père ou encore à la réarticulation de toute la théorie psychanalytique lacanienne autour du réel – à titre d’exemple, mentionnons le symptôme qui est tout d’abord langage, chaîne de signifiants dans une première partie de l’enseignement lacanien avant d’être centré autour du réel, de la jouissance. A partir du milieu des années 1960 – plus précisément à partir du dixième 1 et surtout du onzième 2 séminaire –, ce qui va primer désormais pour le sujet, selon Lacan, c’est le désir, l’objet a. Le leitmotiv de l’inconscient, du sujet même, c’est désormais la jouissance. Certains parviennent à vivre et à atteindre un mode de fonctionnement satisfaisant, ou du moins acceptable, en compagnie de leur(s) symptôme(s), en en faisant un sinthome. C’est ce que l’on a vu en détails dans un précédent travail, Le sinthome lacanien et le cas Lynch. Néanmoins, tout le monde n’a pas la plume de James Joyce ou la créativité de David Lynch. C’est ainsi que, en proie à des symptômes, des souffrances intolérables et qui leur empoisonnent la vie, certains prennent la décision d’entamer une analyse. Nous nous intéresserons donc ici au sujet épineux de la fin de l’analyse en lien avec le symptôme et le sinthome ; à propos du symptôme, je renvoie d’ailleurs également à mon texte Une brève histoire du symptôme et son avènement en psychanalyse. Gageons que nombreux sont ceux, s’engageant dans ce parcours difficile de l’analyse, qui ont pour objectif qu’on les débarrasse de leur symptôme. Ils s’imaginent sans doute que, par une 1 Lacan, J. (1962-1963). Le séminaire, Livre X, L’angoisse, Paris, Editions du Seuil, 2004. 2 Lacan, J. (1964). Le séminaire, Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Editions du Seuil, 1973.