Camille Robert : Sacrée, l’égalité hommes-femmes ? 227 Camille Robert Sacrée, l’égalité hommes-femmes ? Usages de l’histoire et de l’égalité dans les débats sur les signes religieux au Québec Tout comme la France, le Québec a connu d’importants débats sur les signes religieux au cours des dernières années 1 . La « crise des accommode- ments raisonnables », qui a débuté au printemps 2006, s’est poursuivie avec la tenue d’une commission publique à tra- vers la province en 2007-2008. En 2013, le gouvernement, alors dirigé par le Parti québécois 2 , a lancé le projet d’une « Charte des valeurs » visant à encadrer les demandes d’accommodements et les signes religieux 3 . Plus récemment, au printemps 2019, le Premier ministre François Legault a déposé un nouveau projet de loi interdisant les signes reli- gieux chez certains employés de la fonc- tion publique, dont les enseignantes et enseignants. Le hijab, le niqab et le tchador ont occupé une part importante des débats liés aux signes religieux, et les femmes musulmanes en sont venues à symbo- liser une « menace pour l’égalité dure- ment acquise 4 ». Dans ce contexte, une certaine lecture de l’histoire des femmes au Québec et le principe d’égalité entre les sexes ont été utilisés comme des arguments justifiant la mise en place de politiques ciblant particulièrement ces signes religieux. Ainsi, il n’est pas anodin que les deux projets de loi déposés par les gouvernements péquiste et caquiste, soit la Charte affirmant les valeurs de laï- cité et de neutralité religieuse de l’État ainsi que d’égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d’accommode- ment (2013) et la Loi sur la laïcité de l’État (2019), fassent tous deux explicitement référence à l’égalité des sexes dans leur préambule. L’analyse de publications – articles de journaux, lettres ouvertes, manifestes, mémoires et rapports – produites dans le cadre de ces débats et se positionnant en faveur d’une laïcité républicaine révèle un postulat central. Historiquement, l’inégalité entre les sexes serait surtout liée à la religion 5 ; conséquemment, la modernisation et la laïcisation de l’État auraient permis de garantir des avan- cées importantes dans la condition des femmes. L’examen critique de ce postulat concernant la situation des femmes à deux moments, aux xix e et xx e siècles,