Aletheia n° 288 1 ALETHEIA Lettre d’informations religieuses ”La vérité vous rendra libres” (Jean 8, 32) XX e année n° 288 2 € le numéro 29 novembre 2019 Cette lettre d’informations, qui paraît depuis juillet 2000, ne prétend pas remplacer les revues de formation doctrinale et intellectuelle existantes, ni les nombreuses publications (imprimées ou internautiques) d’informations religieuses. Elle paraît douze fois par an et contient des nouvelles, des analyses et des commentaires qui ne trouveraient pas forcément leur place dans les publications auxquelles je collabore. Il s’agit simplement de servir la vérité, dans la fidélité à l’enseignement traditionnel de l’Église. Abonnement : 20 € par an (douze numéros par an) Yves Chiron 16, rue du Berry 36250 Niherne François Bashing, Françoisphobie, herméneutique de la suspicion J’ai employé, il y a plusieurs années maintenant, le terme François Bashing pour désigner une attitude, très répandue en certains milieux catholiques – italiens, français et américains –, qui consiste à se saisir de façon répétée, systématique, d’une parole ou d’une initiative du Pape François pour mettre en doute l’orthodoxie de sa foi, voire l’accuser d’hérésie. Plutôt que cet anglicisme, on pourrait tout aussi bien parler de Françoisphobie. Récemment, le portugais Pedro Gabriel, médecin et romancier catholique, puis l’américaine Rita Ferrone, spécialiste de liturgie et de catéchèse, ont défini cette attitude, cet esprit de critique, comme une « herméneutique de la suspicion » 1 . À l’occasion du synode sur l’Amazonie qui s’est réuni en octobre dernier, des objets traditionnels et symboliques ont été apportés à Rome par des représentants des populations indigènes d’Amazonie. Ils ont été présentés au Pape François dans les jardins du Vatican le 4 octobre. Les détracteurs du Pape ont parlé de « rite païen », de « culte idolâtre ». Ils croient ou feignent de croire que les deux statues en bois, représentant une femme enceinte agenouillée (la Pachamama) et qui se trouvaient exposées devant le pape au milieu d’autres objets (une pirogue, un filet de pêches, etc.), étaient l’image d’une divinité. Ils oublient de signaler que parmi les objets exposés il y avait aussi des statues et des images de martyrs catholiques tués au Brésil. Certains de ces objets, dont une Pachamama, ont été transportés le 7 octobre dans la basilique Saint- Pierre puis dans la salle où s’ouvrait le synode. Tandis que d’autres objets, dont une autre Pachamama, ont été amenés dans l’église Santa Maria in Traspontina, non loin du Vatican, où ils sont restés exposés durant tout le synode au pied d’un autel latéral. Les détracteurs du pape ont parlé de « profanation ». Ils ignorent ou feignent d’ignorer qu’un grand tableau représentant Notre-Dame de Guadalupe avait été placé à côté de la petite Pachamama et d’autres objets traditionnels, comme pour les couvrir de sa sainteté. Sans entrer plus avant dans la controverse alimentée par d’innombrables articles et blogs, je reproduis la mise au point publiée dans l’Osservatore romano, le 19 novembre 2019, par Mgr Felipe Arizmendi Esquivel. Mgr Esquivel a été évêque de Tapachula, au Mexique, de février 1991 à mars 2000, puis évêque de San Cristóbal de Las Casas jusqu’en novembre 2017, deux diocèses qui comptent une forte population indigène. Il est considéré comme un évêque conservateur. Dans sa charge pastorale il a été confronté concrètement à l’héritage culturel et civilisationnel de ces populations indigènes. Il témoigne comment, après des interrogations légitimes, il a été amené à ne pas rejeter complétement cet héritage culturel et à considérer comment il pouvait être compris à la lumière de la foi catholique. Yves Chiron 1 Pedro Gabriel, « Paganism in the Vatican ? Hermeneutic of suspicion at its peak », article paru sur le site Where Peter is le 6 octobre 2019 ; Rita Ferrone, « A Hermeneutic of Suspicion », dans Commonweal Magazine, 4 novembre 2019.