149 Nikos Papadatos Université de Genève L’Union soviétique et la guerre civile grecque : 1944-1949 1. Préambule : Introduction historiographique Au cours des dernières années, l’accès à un certain nombre de fonds d’archives, jusqu’à présent inaccessibles, notamment les archives qui proviennent du Ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, des fonds d’État russe sur l’histoire politique et sociale (RGASPI) et d’autres archives de l’ex-Yougoslavie et de la Bulgarie, ont permis d’éclairer les mécanismes et l’ampleur exacte de l’intervention de l’Union soviétique et de ses alliés dans les affaires grecques de 1944 à 1949. Notre connaissance de la guerre civile grecque et des incidents militaires de 1944 à Athènes a considérablement progressé depuis quelques années. En premier lieu, sur les événements de décembre 1944, l’historiographie actuelle s’est surtout basée sur les sources anglaises et américaines. Fondés principalement sur les archives des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France, les ouvrages de John I. Iatridis (1972), de Christophe Chiclet (1987) et de l’ambassadeur MacVeagh (1980) insistaient sur le rôle joué par la Grande-Bretagne et les États-Unis pour expliquer la politique ambivalente des communistes grecs. La politique diplomatique appliquée par Moscou fut analysée en fonction du fameux accord des pourcentages conclu entre Churchill et Staline en octobre 1944. Mais, faute de sources, ces ouvrages ne disaient finalement que peu de choses sur la politique extérieure de l’Union soviétique. Au milieu des années 2000, un historien grec, Nikos Marantzidis, développa un schéma radicalement différent de la « guerre civile » grecque. Loin d’être le simple effet des accords internationaux entre les grandes puissances, la guerre civile grecque fut analysée du point de vue des intérêts des démocraties populaires. Les escarmouches