13 Introduction L’anthropologie avec le concours de l’histoire, s’est longtemps attachée à décrire la variété des rites et des mythes autour de la mort. Si les études anthro- pologiques qui ont été consacrées aux rites funéraires et aux repas d’enterrement sont très nombreuses sur les cinq continents, force est de constater que peu de recherches ont été faites dans l’espace francoprovençal. A l’anthropologue qui se fxerait comme objectif d’étudier ces pratiques de nos jours, il se pose des problèmes méthodologiques et éthiques. Parce que le thème est sensible, enve- loppé de tabous, il est difcile pour le chercheur de terrain contemporain et en situation de proximité culturelle de se faire accepter dans sa démarche auprès de personnes qui soufrent et de trouver la bonne distance : comment faire de l’ob- servation sans voyeurisme ? Le chercheur n’appartenant pas au cercle du défunt, occupe une position précaire entre un « trop de proximité culturelle » ou un « trop de distance afective ». Il trouve difcilement sa place là où ses semblables (qui sont son objet d’étude) soufrent et il est trop près du rite funéraire pour l’ana- lyser sans risquer de provoquer une exhortation à la discrétion. Certainement, la distance culturelle arrange les choses : le chercheur étranger est autorisé à poser des questions qu’un local ne peut pas poser. La distance temporelle aussi : les documents parlent à défaut de témoignages vivants et à défaut de ne point pouvoir les interroger, on peut les observer de très près. Enfn, une autre dif- culté naît du fait que l’étude porte sur des communautés qui sous l’efet de la modernité et de l’urbanisation se caractérisent par un éclatement important des codes communs, ce qui oblige le chercheur à enquêter très souvent à l’échelle individuelle. De nombreux travaux centrés sur la société contemporaine nous ofrent de nouvelles pistes de réfexion en mettant en exergue le phénomène de la dilution de la ritualité : l’absence de ritualité commune en Occident serait la marque d’un déni ou, à tout le moins, d’une mise à distance croissante de la mort (Thomas 1975 ; Ariès 1975) qui en serait presque aseptisée. Déchaux (2000) Kellehear (1984) Walter (1994) et Seale (1998) démontrent comment, avec la sécularisation progressive de la société, le rapport contemporain à la mort est placé sous le sceau de l’intime : les individus sont libres de se façonner en privé la « fction » de leur choix avec l’inconvénient majeur qu’ils ne trouvent que peu l’occasion de la partager et de la faire reconnaître socialement. Ces approches ont le mérite de rompre avec une association par trop mécanique entre mort et tabou : l’absence d’un code commun en matière de mort ne signife pas que ces codes n’existent pas à une échelle indi- Quelques réfexions préliminaires pour une étude des pratiques funéraires dans les Alpes francoprovençales Christiane Dunoyer Centre d’Études Francoprovençales « René Willien »