Appel à articles Revue Itinéraires. Littérature, textes, cultures https://journals.openedition.org/itineraires/ Race et discours. Langues, intersectionnalité, décolonialités t Coordinatrices Gloria FRANÇA, professeure en linguistique et analyse du discours, Universidade Federal do Maranhão, GEPEDIS (Grupo de Estudos e Pesquisas em Discursos, Interseccionalidades e Subjetivações), Brésil Yosra GHLISS, doctorante en analyse du discours, Université Paul Valéry-Montpellier 3, GRASS (Groupe de Réflexion Autour des Savoirs Situés) & LHUMAIN (Langage, Humanités, Média·tions, Apprentissage, Interaction, Numérique) Gnenonsegouet Noelle GLÉO, doctorante en analyse du discours, Université Paris 13, EA Pléiade Marie-Anne PAVEAU, professeure en sciences du langage, Université Paris 13, EA Pléiade t Argumentaire 1. Travailler avec la race Ce numéro s’inscrit dans un mouvement actuel, de moins en moins minoritaire mais toujours controversé dans le contexte français, de prise de conscience par les chercheur.e.s de l’importance de la race dans les existences humaines. Par travail avec la race, nous entendons la manière dont les expériences de vie et les formes sociales sont déterminées par le critère racial : « La question raciale tout comme la question économique sont des questions sociales. Nous ne sommes pas passés de la “question sociale” à la “question raciale” pour la simple et bonne raison que le racial est social » (Célestine, Hajjat, Zevounou 2019). Le mot et la notion de race sont assumés comme tels dans cet appel, ce qui implique une prise de position, formulable de la manière suivante : la race existe car elle est traduite en termes de rapport de domination et de hiérarchisation, dans des dispositifs sémiotiques et des configurations discursives. C’est ce que posait Colette Guillaumin il y a déjà 40 ans en écrivant que la race « est aujourd’hui, au XX e siècle, une réalité juridique, politique, historiquement inscrite dans les faits, et qui joue un rôle effectif et contraignant dans les société concernées” (Guillaumin 2016 [1981] : 209). Travailler avec la race en analyse du discours implique de reposer la question du sujet. Penser un sujet situé, c’est le penser dans toutes ses conditions, comme sujet genré, classé socialement, situé politiquement, marqué culturellement, déterminé par l’âge, etc. mais aussi racialement : le sujet du discours est aussi, entre autres, un sujet racial. Alors que les recherches existantes en linguistique se font quasi-exclusivement sur les sens et usages du mot race, ou sur les marqueurs du discours raciste, nous proposons de travailler la production des énoncés avec ou à partir de la race. 2. État de la question La situation française est particulière par rapport à d’autres aires géographiques et culturelles, comme les États- Unis ou le Brésil par exemple, où la race est une catégorie usuelle mobilisée dans la vie sociale et la recherche. Dans le contexte français, l’emploi même du mot race est toujours débattu, comme le montre un numéro récent de la revue Mots. Les langages du politique, intitulé “Dire ou ne pas dire la race aujourd’hui” (Devriendt, Monte, Sandré 2018), interdit (le mot a été supprimé de la Constitution française en juillet 2018) ou soupçonné de produire du racisme, dans une mise en équivalence entre le mot et la chose. Que « les races n’existent pas » a désormais en France le statut d’évidence ou d’« argument d’autorité » (Belkacem, Direnberger, Hammou, Zoubir 2019) ; mais, comme le dit Norman Ajari de manière critique, c’est aussi un « mantra » (Ajari 2019). Des travaux de plus en plus nombreux interrogent cette affirmation. Colette Guillaumin avait ouvert la voie dès 1981 : « Non, la race n’existe pas. Si, la race existe. Non, certes elle n’est pas ce qu’on dit qu’elle est, mais elle est néanmoins la plus tangible, réelle, brutale des réalités » (Guillaumin 2016 [1981] : 211 ; ital. de l’auteure). Elle