Pertinence des catégories esthétiques traditionnelles pour la danse contemporaine à l’époque du multiculturalisme Joanna Szymajda Dans ce texte, nous allons nous interroger sur la question de la pertinence des catégories esthétiques les plus souvent employées dans les recherches sur la danse par rapport à l’interculturalité comme un facteur engageant une coexistence et/ou une confluence des esthétiques différentes (et pas seulement des poétiques différentes). Afin d’établir une piste pour nos recherches, nous allons nous concentrer sur des aspects linguistiques et sémiotiques des notions évoquées aussi bien par des critiques que par des chercheurs et des praticiens dans leur discours sur l’interculturalité de la danse. Il y est possible de distinguer (bien qu’arbitrairement) trois catégories sémantiques des termes qui feront notre base d’analyse: 1. La première la plus générale - consiste sur la distinction entre les notions de l’interculturalité, du multiculturalisme et du terme anglais cross-cultural influences. 2. La deuxième se réfère à l’esthétique dite classique de l’art et elle englobe les termes des mimesis, diegesis et représentation. 3. Les termes assemblés dans la troisième catégorie se rapportent à l’esthétique de la mise en scène. Y apparaissent donc : métissage / hybridation/ syncrétisme/ hétérogénéité/traduction/ intertextualité. I. Le terme du multiculturalisme évoque une coexistence des cultures, en d’autres mots l’existence simultanée des cultures. Des interactions qui se produisent en conséquence de cet état créeront le contenu sémantique de la notion de l’interculturalité. Ainsi, l’interculturalité paraît en effet comme résultat du multiculturalisme. Dans des travaux anglophones nous trouvons aussi le terme de cross-cultural influences qui met l’accent sur le fait d’ « étudier » ou d’« observer » une culture par une autre. C’est ainsi ce positionnement où on parle de l’interaction le Moi l’Autre, bien que les limites de cette distinction ontologique puissent être élargies selon les circonstances.1 Quant à la danse, les exemples les plus « visibles » et les plus lisibles d’une telle interculturalité seront celles où on mélange les danseurs de plusieurs origines dans un spectacle afin de mettre en relief leurs morphologies et kinesthésie diverse, ou bien celles où sont introduits les mythes et les récits des cultures diverse, des formes d’expression provenant des esthétiques différentes, etc.2 II La mimesis ce terme pas tout à fait univoque est employé dans le discours esthétique sur le théâtre, le drame et d’autres arts tels que peinture, vidéo, cinéma.3 La genèse antique de la mimesis ainsi que ces « avatars » ultérieurs ont été jusqu’au aujourd’hui beaucoup discutés. En effet, la notion de la mimesis n’est pas dans l’usage courant dans le discours sur la danse et c’est effectivement dommage. Nous avons accepté plutôt le terme de la représentation qui est la traduction française de la mimesis et qui pourtant ne souligne qu’un aspect de cette notion primordialement platonicienne.4 Il est intéressant d’approfondir ici la caractéristique de la mimesis platonicienne, qui est définie comme réflexion-image reproductive des idées, et de ce fait se référant plutôt aux notions de l’image et de la réflexion tout en impliquant la passivité du sujet.5 Or, la même idée révélant de la pensée d’Aristote consiste sur l’action créative (praxis) étant aux sources du processus de la mimesis.6 L’exemple de la mimesis classique dans la danse feront les ballets conçus à partir d’une partition (qui serait alors comparable au muthos de la tragédie grecque) et dont la praxis se réalisait par la danse même. Ce schéma est également pertinent pour un certain nombre de chorégraphies contemporaines ayant comme source récit mythologique (Antigone, Ulysse, Sacre de Printemps).