204 204 Reviews | Recensions Charlene Heath is a PhD candidate in Communication and Culture at Ryerson/York University and works in the photography collection at the Peter Higdon Research Centre, Ryerson Image Centre, Toronto. charleneheath@ryerson.ca Erin Manning et Brian Massumi Pensée en acte : vingt propositions pour la recherche-création Dijon : Les presses du réel, 2018 135 pp. (relié) 12 € ISbN 9782378960391 Benoit Jodoin À la fn de 2018 paraissait dans la « Petite collection ArTeC » des presses du réel Pensée en acte, vingt propositions pour la recherche-création d’Erin Man- ning et de Brian Massumi. Traduction partielle de Thought in the Act: Passages in the Ecology of Experience publié à l’Uni- versity of Minnesota Press en 2014, l’ouvrage est le résultat d’une colla- boration entre Erin Manning, prati- cienne et théoricienne de l’art pro- fesseure en arts visuels et en cinéma à la Faculté des beaux-arts de l’Uni- versité Concordia, et Brian Massumi, spécialiste et traducteur du travail de Deleuze et Guatari, qui a mené une longue carrière au Département de communications de l’Université de Montréal où il demeure professeur associé. Pensée en acte présente un bilan des réfexions développées par les auteurs à travers le SenseLab. Fondé et dirigé par Manning, le SenseLab est un laboratoire de recherche-créa- tion montréalais dont l’objectif est de créer des environnements de ren- contres entre chercheurs et artistes. Depuis 2004, des groupes de lecture, des cycles de conférences et autres événements y sont cocréés collec- tivement afn d’initier des proces- sus expérimentaux et transdiscipli- naires où la pensée émerge comme forme de création et où la création est reconnue comme un travail de la pensée. Ces processus, très infuen- cés de Whitehead, Deleuze, Guata- ri et Nietzsche, ont pris dans les der- nières années une dimension interna- tionale, grâce notamment à un pro- gramme de résidences, à une série de publications des membres du labo- ratoire et à la création d’un réseau de partenaires en Amérique du Nord, en Europe et en Australie. La section principale du livre, écrite par ces auteurs, s’ouvre sur une mise en garde contre la tendance à la capitalisation de la recherche-créa- tion. D’emblée, ils annoncent ce qui apparaîtra comme le principe directeur de l’ouvrage : penser la recherche-création comme une pra- tique de la « critique immanente », suivant l’expression de Deleuze et Guatari. Pour eux, cela suppose d’ha- biter la complexité des processus impliqués dans la rencontre entre la création artistique et la recherche en sciences humaines que permet la recherche-création, de rester au milieu des tensions économiques qui la constituent, et ce, sans projeter de résultats prédéterminés. Contre sa récupération par le néolibéralisme, les auteurs proposent d’investir les institutions qui tentent de la formater vers la production de « livrables » pour l’industrie et d’imaginer une alterna- tive de résistance anticapitaliste. L’ouvrage se donne comme objectif de préciser cete alterna- tive dans une liste de propositions illustrées par certaines initiatives du SenseLab. À partir de Danser le vir- tuel, par exemple, où danseurs et philosophes se sont réunis à l’été 2005 pour penser ensemble le mou- vement du corps et le mouvement de pensée, les auteurs expliquent le « pragmatisme spéculatif » (p. 37) depuis lequel il faudrait envisager la recherche-création. Selon eux, un projet de recherche-création n’est pas un processus d’idéation élaboré en amont, mais un travail à partir des potentiels inhérents à l’événement lui-même et aux protocoles qui lui sont sous-jacents au moment même où l’événement se déroule. À partir de ce même exemple, les auteurs imaginent des manières d’en- visager la recherche-création comme un travail de création collective sans imposer un cadre fxe déterminant des modalités de participation ni basculer dans l’improvisation entiè- rement indéterminée. Ils invitent à « inventer des techniques de relation » (p. 40), à « concevoir des contraintes encapacitantes » (p. 41) et à « inven- ter des plateformes de relation » (p. 51) permetant, à partir de la contrainte, de créer les conditions favorables à l’émergence de nouvelles manières de penser. Les auteurs citent un autre projet du SenseLab, la Société de molécules, un événement où ces protocoles de créa- tion collective ont été mis en pratique simultanément à diférents endroits à travers le monde, avec la participa- tion de cellules locales du SenseLab. La dimension diplomatique de ce pro- jet montre que la recherche-création ne doit pas viser la création d’une communauté consensuelle au sein de laquelle les citoyens peuvent se fédé- rer, mais doit plutôt inciter chacun à rester sensible aux singularités au sein du collectif. Avec l’exemple de Générer l’impos- sible, organisé à la Société des arts technologiques en 2011, les auteurs défendent une recherche-création pensée comme un processus qui trouve sa forme dans l’« ici et main- tenant » de son automodulation et qui se conceptualise comme un don Exhibitions, Manifestos, and the Seventieth Anniversary of Refus global