293 CHAPITRE 2 ÊTRE FINANCÉ PAR SA FAMILLE OU PAS : MODALITÉS, VARIATIONS ET CONSÉQUENCES DE L’AIDE FAMILIALE APPORTÉE AUX ÉTUDIANTS Nicolas CHARLES Maître de conférences en sociologie, Université de Bordeaux, Centre Émile-Durkheim Marie-Clémence LE PAPE Maîtresse de conférences en sociologie, Université Lumière Lyon 2, Centre Max-Weber Élise TENRET Maîtresse de conférences en sociologie, Université Paris-Dauphine, Irisso, chargée de mission à l’OVE INTRODUCTION L’émancipation de la famille constitue l’une des dimensions du passage à l’âge adulte. Devenir autonome reste pourtant largement conditionné par le soutien des parents, et notamment par les aides qu’ils sont en mesure de lui apporter. Ces aides sont multiples car elles s’adaptent aux besoins du jeune et à sa situation spécifque, qui évolue parfois très vite pendant cette période de transition vers la vie adulte. Selon qu’il soit étudiant, en recherche d’emploi ou salarié, les modalités du soutien familial sont très diférentes. Depuis les années 1990, les recherches montrent, par exemple, que les étudiants, en lien avec leur statut, restent de façon stable et persistante les principaux bénéfciaires de l’aide parentale (pour une synthèse des principaux résultats, voir notamment Le Pape, Portela et Tenret, 2016). Les trois quarts des ressources des étudiants sans activité, décohabitants ou non, proviendraient ainsi de leurs parents (Castell et al., 2016a). Si les étudiants sont souvent identifés dans les publications sur la jeunesse comme les « grands gagnants de l’aide familiale », on connaît moins, en revanche, les inégalités qui caractérisent le soutien familial apporté à cette catégorie hétérogène de jeunes adultes. Dans ce chapitre, nous montrerons comment ce soutien varie, en s’attachant plus particulièrement à décrire les étudiants que l’on pourrait identifer à, première vue, comme les « grands perdants » ou les « oubliés » de l’aide familiale. Qui sont ceux qui fnancent leurs études sans bénéfcier d’aucun soutien monétaire régulier de leurs parents ? Cette question, peu étudiée jusqu’à présent, est pourtant centrale en termes de poli- tiques publiques. En efet, à l’exception de certains jeunes isolés, la plupart des étudiants bénéfcient d’un soutien informel de leur famille, même s’il est irrégulier. Du linge lavé le week-end aux provisions alimentaires ramenées par l’étudiant le dimanche soir, la variété des aides apportées par les parents est difcile à capter ou à mesurer dans les enquêtes statistiques, et de ce fait probablement sous-estimée (Le Pape, Portela