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2 Émergence et développement
des mobilisations
♦ O LIVIER F ILLIEULE
S
elon quelles logiques des individus en viennent-ils à se
réunir, puis à s’unir pour défendre une cause ? Derrière la
question du « pourquoi » se cache en réalité toute une série d’interroga-
tions sur les conditions favorables à l’émergence d’ une mobilisation.
Quelles en sont les conditions sociales ? Quelles en sont les motivations
individuelles ? Comment s’effectue le passage de la mobilisation indivi-
duelle à la mobilisation collective ? Comment s’organise la participation
effective du plus grand nombre à cette mobilisation ?
Toutes ces interrogations ne peuvent trouver de réponse que dans une
analyse sociologique des relations de causalité qui peuvent exister entre
différents types de phénomènes sociaux, politiques, institutionnels, idéo-
logiques, que la sociologie des mobilisations désigne sous des termes spéci-
fiques : structure des opportunités politiques, voies microstructurales de
l’engagement, mobilisation des ressources, entrepreneurs de cause, dyna-
mique de la mobilisation, etc. Il existe en effet une vaste littérature scien-
tifique sur l’action collective, dont l’une des faiblesses est de s’être préci-
sément focalisée sur la recherche du « pourquoi », au détriment d’une
réflexion sur le « comment » des mobilisations [Aya, 1979 ; Dobry, 1986].
1 Structures et infrastructures du mécontentement
Désorganisation et changement social
La sociologie s’est longtemps appuyée sur une idée simple : le change-
ment social, surtout lorsqu’il est rapide et violent, produirait des effets
désorganisateurs sur la société, auxquels l’action collective constituerait
une réponse parmi bien d’autres possibles [Durkheim, 1895 ; Park et al.,
1967 ; Fuller et Myers, 1941 ; Slater, 1970].
C’est notamment la thèse défendue par les théoriciens de la société de
masse. Dans The Politics of Mass Society [1959], William Kornhauser sou-
tient par exemple que l’urbanisation, l’industrialisation, la dépression éco-
nomique ou la guerre, en désagrégeant le tissu social, auraient pour effet
d’affaiblir les structures intermédiaires, religieuses, sociales ou politiques,
au point que les individus seraient abandonnés à eux-mêmes, perdraient
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