Kornelia Koñczal et Joanna Wawrzyniak Postface. Aux sources de la sociologie : lettres de Stefan Czarnowski à Henri Hubert et à Marcel Mauss «Nous avons été privés de toute une gé- nération de nos meilleurs et nos plus vigoureux collaborateurs. […] On verra que s’il n’y avait pas eu la guerre, la sociologie, la science, notre pays seraient riches d’une œuvre comme peu d’études en ont produit de pareilles 1 . » Dans une lettre de l’au- tomne 1917 à son ami et plus proche collaborateur Henri Hu- bert, Marcel Mauss déplorait en ces termes les jeunes disciples de Durkheim fauchés en nombre par la guerre 2 . Moralement, il se sentait d’autant plus tenu de poursuivre l’œuvre de son oncle et mentor. Vue de Paris, la guerre s’acheva en novembre 1918. En Europe du Centre-Est, elle dura plus longtemps, compte tenu de 1 Lettre de Marcel Mauss à Henri Hubert du 27 septembre 1917 ; cité par Marcel Fournier, Émile Durkheim. 1858–1917, 2007, p. 915. 2 De nombreux durkheimiens tombèrent au combat pendant la Première Guerre mondiale. Pour s’en tenir aux plus proches disciples de Durkheim et de Mauss, citons Maxime David (1885–1914), Antoine Bianconi (1882– –1915), Jean Reynier (1883–1915) et Robert Hertz (1881–1915). Le lin- guiste André Armand, fils de Durkheim, mourut des suites de ses bles- sures dans un hôpital bulgare. Cf. Marcel Fournier, Marcel Mauss, 1994, p. 380 ; voir aussi Marcel Mauss, « In memoriam. L’œuvre inédite de Dur- kheim et de ses collaborateurs », 1923–1924.