Une brève description de la domus anatomica de Copenhague par Thomas Bartholin (1662) * A short description of the Anatomy House in Copenhagen by Thomas Bartholin (1662) par Jacqueline VONS ** À la fin du premier livre du De humani corporis fabrica, André Vésale explique comment monter un squelette qui servira à de futures leçons d’anatomie, et se montre légitimement fier de ce travail qui a déjà été suivi dans de nombreuses universités. Il souhaite que tout étudiant en médecine puisse avoir accès aux pièces anatomiques indis- pensables pour comprendre la structure des corps non seulement humains mais aussi animaux, établissant ainsi le tout début de l’anatomie comparée : “Mais ce ne sont pas seulement des os humains, mais aussi des os de singe et de chien par égard pour Galien, et aussi, à cause d’Aristote, des os d’oiseaux, de poissons et de reptiles, qui devraient se trouver assemblés ou tout au moins en pièces séparées chez celui qui étudie la médecine et la philosophie naturelle. À moins de penser que cette partie de la philosophie ne nous concerne en rien et de nous persuader que, sans avoir besoin de l’Anatomie, il suffit d’en imposer aux mortels avec nos sirops, et de remplir les cercueils” (1). Ce que Vésale définit ainsi est le moderne cabinet, ou musée, d’histoire naturelle, héri- tier des “trésors” médiévaux et des “cabinets de curiosités”, ou studioli particuliers, fameux au début de la Renaissance ; ces derniers réunissaient certes des naturalia (ensemble de fossiles, animaux naturalisés, squelettes, coquillages, herbiers, minéraux et “monstres” ou raretés de la nature) et des exotica (plantes et animaux étrangers) mais aussi des artificialia (objets créés par l’homme : œuvres d’art, antiquités, monnaies…) et des mirabilia. L’ensemble, souvent hétéroclite, prétendait volontiers avoir une dimension philosophique et interrogeait le spectateur sur la finitude humaine (memento mori). À l’inverse, les grands cabinets de “raretés ou curiosités naturelles” dus aux échanges entre savants, médecins et érudits collectionneurs se sont constitués en Europe autour des années 1560, les cabinets de Joubert, Paré, seront célèbres (2), le plus souvent en lien avec les nouvelles observations médicales et les développements des connaissances anatomiques. __________ * Séance de janvier 2017. ** 8, sentier des Patys, 37210 Rochecorbon. HISTOIRE DES SCIENCES MEDICALES - TOME LI - N° 1 - 2017 27