Le dolmen de Saint-Eugène 101 DYNAMIQUE ARCHITECTURALE DU MÉGALITHE Philippe Gouézin, Sarah Boscus, François Baleux, Antoine Laurent, Vincent Ard, Emmanuel Mens 1. OBJECTIFS ET MÉTHODES Dans le cadre du programme de recherche MONUMEN 1 , financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR), une nouvelle étude architecturale du monument de Saint-Eugène a été menée en 2019. Ce programme a pour ambition de confron- ter pour la première fois en France les différentes expressions du monumentalisme architectural (dolmens, stèles, enceintes…) pour en comprendre les conditions d’émergence et de développement entre le milieu du 5 e et la fin du 3 e millénaire. Pour se mettre en capacité d’observer ces sites comme les Néolithiques ont pu les percevoir, le projet MONUMEN propose un changement de paradigme dans l’échelle d’observation des sites monumen- taux en les analysant dans leurs trois dimensions, puis en les intégrant dans une approche territoriale s’appuyant sur une maîtrise des contextes géomor- phologiques et environnementaux Dans ce cadre, l’utilisation de techniques novatrices telles que la photogrammétrie, la modé- lisation 3D, l’archéologie du bâti et ses nouvelles méthodes d’observations sont susceptibles d’ap- porter de nouvelles données concernant la lecture d’un projet architectural dans son ensemble et d’en déceler les concepts architectoniques. En effet, si les travaux réalisés par nos prédé- cesseurs ont apporté des résultats essentiels à la compréhension du phénomène mégalithique lors de l’exploration des structures architecturales mises en œuvre, les nouvelles techniques d’observations et de détections actuelles permettent de compléter les données obtenues anciennement. Il nous a donc semblé opportun de mettre en application toutes ces nouvelles méthodes et d’apporter des pistes de réflexions concernant les possibles dynamiques de construction élaborées par les bâtisseurs. En amont de cette nouvelle étude, un relevé tridimensionnel de la structure mégalithique et de son environnement proche a été mené à l’aide de deux techniques d’acquisition 3D permettant des 1 Programme ANR MONUMEN (2018-2022) « Monumentalités, espaces et compétitions sociales au Néolithique en Europe atlantique » (ANR-17- CE27-0009-01). Coordination V. Ard et V. Mathé. résultats complémentaires, à savoir le scanner 3D et la photogrammétrie. Au total, 30 scans, couvrant deux secteurs, ont été réalisés. Le premier secteur correspond à la chambre mégalithique et ses alentours immédiats et le second documente le pourtour et le pied de la butte afin de mieux appréhender le relief du site. Cet ensemble représente une surface d’environ 3000 m² renseigné par 1.157 milliards de points. À partir du nuage de points, des plans de masse, des coupes et des profils mettant en évidence la morphologie du terrain ont pu être générés. Pour la photogrammétrie, 717 photographies ont été prises de manière à couvrir l’entièreté de la struc- ture mégalithique dans le but de fournir principale- ment des supports orthophotographiques des parois internes et externes pour l’étude architecturale. 2. UN MONUMENT DANS LE PAYSAGE Le dolmen de Saint-Eugène est positionné à l’ex- trémité nord d’une butte gréseuse dominant la vallée de l’Argent-Double. Comme en témoignent les nom- breux fronts de taille encore visibles en contrebas du monument, il est possible que les versants de cette butte aient servi de carrière dès le Néolithique. Ces extractions sont à l’origine des deux niveaux de ter- rasses (Fig.1), encore bien perceptibles aujourd’hui. Les affleurements étant très érodés, aucunes traces d’exploitations néolithiques 2 n’ont été repérées mais les dimensions des diaclases naturelles et la nature de la roche (grès à granulométrie variable) sont identiques aux éléments mégalithiques et aux plaquettes utilisées dans la chambre et dans le tumu- lus. En l’absence d’arguments technologiques quant à l’ancienneté de cette exploitation, il est impossible de les associer avec certitude à la construction du monument. En revanche, le sommet de la butte a indiscu- tablement été aménagé par les bâtisseurs, préala- blement à la construction du monument. Mise en évidence par Jean Guilaine et Germain Sicard lors de la fouille (ce volume), la déclivité naturelle du sol 2 Une zone d’exploitation moderne a été identifée au sud du monument.