Bulletin suisse de linguistique appliquée © 2019 Centre de linguistique appliquée No 109, 2019, 93-110 • ISSN 1023-2044 Université de Neuchâtel Les langues dans la recherche scientifique et son évaluation: quelques regards Gabriela STEFFEN 1 , Laurent GAJO 1 & Frédéric DARBELLAY 2 Université de Genève 1 ELCF, Faculté des Lettres 2 Cellule Inter- et Transdisciplinarité, CIDE Uni Bastions, 5, rue de Candolle, 1211 Genève 4, Suisse gabriela.steffen@unige.ch, laurent.gajo@unige.ch, frederic.darbellay@unige.ch Language and discourse practices play a role in scientific research and its evaluation, since they shape knowledge construction. Therefore, it matters in which language research is carried out and knowledge constructed. More precisely, engaging in plurilingual research practices instead of monolingual ones has an impact on the research process and the results obtained. That is because science has its origin in scientific communities and is expressed in discourse activities. Today, however, the diversity of scientific communities and discourse activities tends to be smoothed out to meet the needs of the broad and instant communication of knowledge. This can be witnessed in the emergence of an international scientific macro-community and the uniformization of scientific discourse genres following the same norms and models in a small number of international papers. In this context of the internationalization of scientific research, this paper addresses the tension between the increasing uniformity of scientific practices and language diversity in multilingual Switzerland, from the perspective of research evaluation by the Swiss National Science Foundation. More precisely, this paper shows research councillors' social representations and their views on monolingualism and plurilingualism in science and its evaluation, in relation to their views on science in general and the role of language in research practices. Keywords: language, scientific research, evaluation, plurilingualism, researcher profiles. Mots-clés: langage, recherche scientifique, évaluation, plurilinguisme, profils de chercheurs. 1. Introduction S'il n'est pas toujours facile de calculer une intégrale ou de faire un dosage, c'est qu'il est toujours difficile de parler et d'écrire ces pratiques, c'est-à-dire de les penser (Lévy- Leblond 1996: 229) La domination quasi monopolistique d'une langue, quelle qu'elle soit, inhibe le jeu des mots et des idées, souvent stimulé par les traductions, passages et échanges d'une langue à l'autre (Lévy-Leblond 1996: 244). Cette double citation émanant d'un physicien montre que, dans les sciences même les plus formalisées, la langue et la mise en discours jouent un rôle. Dès lors, il n'est pas indifférent de construire des savoirs dans l'une ou dans l'autre langue ou, plus précisément, les modalités de travail plurilingue permettent d'obtenir d'autres résultats que les modalités de travail monolingue. Si de telles assertions sont valables pour les sciences de la matière, elles le sont d'autant plus pour les sciences de la société ou de l'humain. Ceci tient au Publié dans Bulletin VALS-ASLA N° 109, 93-110, 2019, source qui doit être utilisée pour toute référence à ce travail