50 LITTÉRATURE N° 157 – FÉVRIER 2010 À la manière d’Antonin Artaud et du Théâtre de la Cruauté qui se 2 peut être décelée dans l’écriture de Charles Baudelaire précisément là où chez lui il n’est aucunement question de théâtre. Roland Barthes fut le premier à faire ce constat dans un court article intitulé « Le Théâtre de Baudelaire », sans pour autant apporter une analyse textuelle de la théâtralité dans l’écriture baudelairienne : « Cette théâtralité puissante, elle n’est qu’à l’état de trace dans les projets de Baudelaire, alors qu’elle court largement dans le reste de l’œuvre baudelairienne. Tout se passe comme si Baudelaire avait mis son théâtre partout, sauf précisé- 3 théâtralité par-delà le théâtre, c’est-à-dire par-delà le drame et la drama- turgie, mais déjà inscrite dans une forme d’écriture ? Dans son étude sur Baudelaire, Barthes nous apporte une première réponse : « Qu’est ce que la théâtralité ? c’est le théâtre moins le texte, c’est une épaisseur de signes et de sensations qui s’édifie sur la scène à partir de l’argument écrit, c’est cette sorte de perception œcuménique des artifices sensuels, gestes, tons, distances, substances, lumières, qui submergent le texte 4 théâtralité qui a lieu au-delà du théâtre se constitue comme une forme générale de perception, sous la forme d’une écriture s’inscrivant à même le lecteur, par-delà les limites du texte écrit. Si Barthes a su déceler une théâtralité au niveau de la perception et de l’expérience en général, il faut encore parvenir à analyser chez Baudelaire les modalités situe toujours en dehors du dispositif théâtral , une certaine théâtralité ment dans ses projets de théâtre ». Comment définir une telle notion de sous la plénitude de son langage extérieur ». Suivant cette définition, la 1. Charles Baudelaire, « les Paradis artificiels », in Œuvres Complètes, Éditions Robert Laffont, Paris, 1980, p. 296. 2. Voir Jacques Derrida, « Le Théâtre de la cruauté et la clôture de la représentation », in L’Écriture et la différence, Éditions du Seuil Paris, 1967, p. 341-368. 3. Roland Barthes, « Le Théâtre de Baudelaire », in Essais critiques, Seuil, Paris, 1964, p. 43. 4. Roland Barthes, Essais critiques, op. cit., p. 41-42. AMIN ERFANI, EMORY UNIVERSITY, ATLANTA Charles Baudelaire et le Théâtre du Mal … cette douleur, de temps à autre, fait pousser des fleurs 1 lugubres et coquettes, à la fois triste et riche… pharmakon népenthès : charles baudelaire et le théâtre du mal