Ardèche Archéologie n° 34 - 2017 31 À l’échelle natonale, le département de l’Ardèche présente l’une des plus fortes concentratons de dolmens, avec plus de 800 structures répertoriées (Gély et Pape, 2014). Il s’agit de tombes collectves mégalithiques peu monumentales généralement atribuées à la culture de Fontbouisse (2800-2300 av. J.-C.). Ce groupe culturel, défni par le style céramique, s'est développé au Néolithique fnal dans le Languedoc oriental dans la contnuité du groupe de Ferrières (Gutherz, 1990). Il se caractérise par un regroupement de l'habitat, avec de grands villages de bâtments en terre crue dans la plaine, au sud, et des hameaux de maisons absidiales en pierres sèches dans les régions calcaires, plus au nord (Jallot, 2011). En Ardèche méridionale, l’habitat s’établit sur les plateaux marno-calcaires utlisant les accidents rocheux de l’érosion chimique du lapiaz pour édifer des villages avec citernes, silos et cabanes semi-enterrées. Tout proche de Beaulieu, le village du Serre de Boidon est l’exemple type de ce genre d’habitat, possédant même son atelier de fondeur de cuivre (Gros et al., 1997). L'économie reste basée sur l'agro-pastoralisme, mais le Midi de la France se place au centre de vastes réseaux de circulaton, encore mal connus, de produits hautement valorisés tels que les poignards en silex (Vaquer et Rémicourt, 2012) et les productons issues d’un développement local de la métallurgie du cuivre dans toute la périphérie des Grands Causses, comme les poignards et les parures (Ambert, 2006). Le phénomène des sépultures collectves apparaît dans la seconde moité du Ve millénaire sur la façade atlantque et se difuse ensuite à l’ensemble de l’Europe occidentale où elles consttuent la pratque funéraire majoritaire pendant tout le IIIe millénaire (Guilaine, 2002). Il s'agit d'un choix culturel et cultuel qui consiste à déposer successivement au sein d'une même structure les corps des défunts au fur et à mesure des décès (Leclerc et Tarrête, 1988). Étude anthropologique et spatale du dolmen des Abrits n°2 à Beaulieu Recrutement funéraire et modalités de geston d'une sépulture collectve du Néolithique fnal Résumé Le dolmen des Abrits n o 2 (Beaulieu) est une sépulture collectve mégalithique dont la fouille en 1980 par O. et A.-C. Gros a révélé un niveau sépulcral du Néolithique fnal (culture de Fontbouisse). Les vestges humains, bien que fragmentés, sont exceptonnellement conservés. Le Nombre Minimum d’Individus (NMI) est estmé à 86 sujets (57 adultes et 29 immatures), ce qui suggère une utlisaton longue de la sépulture. L’étude du recrutement par âge révèle une sous-représentaton importante des moins de cinq ans résultant très certainement d’un choix culturel. L’analyse spatale met en évidence un remaniement généralisé des vestges, probablement dû au dépôt de nouveaux corps et à de possibles prélèvements suggérés par le défcit des crânes, des mandibules et de certains os longs. Ce travail consttue la première étude archéo-anthropologique complète d’un dolmen ardéchois, associant étude anthropologique des vestges dentaires et osseux, et analyse de la répartton spatale des dépôts. Mots-clefs Sépulture collectve, Néolithique fnal, pratques funéraires, archéo-anthropologie, Système d’Informaton Géographique, Ardèche. 1 UMR 5199 – PACEA, Université de Bordeaux 2 UMR 5140 - ASM, Université de Montpellier 3 3 Inrap et UMR 6636 – LAMPEA, Université d’Aix-en-Provence 4 Archéologues indépendants, anciens responsables de fouille Camille Boufès 1 , Mélie Le Roy 2 , Yaramila Tchérémissinof 3 Odete Gros 4 , André-Charles Gros. 4 Contexte archéologique ▼ regards croisés