1 SEMINAIRE DOCTORAL ENSADLAB 2020-2021 Codirigé par Francesca Cozzolino et Emanuele Quinz Contacts : francesca.cozzolino@ensad.fr ; emanuele.quinz@ensad.fr Le séminaire doctoral EnsadLab est un espace de réflexion sur les méthodes expérimentales dans la recherche en art, design et sciences sociales. Il interroge à la fois les aspects méthodologiques de la recherche (les formes de l’enquête et de la recherche par la pratique) et les enjeux théoriques et conceptuels (les formes de narration spéculative, les relations entre arts et sciences, les formes de connaissance produites par la recherche en art et en design). Sous le titre Le design du monde, l’édition 2020-2021 poursuit la réflexion entamée l’année précédente sur l’impact social des objets et les actions de socialisation dans le monde matériel, en se focalisant plus particulièrement sur les enjeux de la création en design liés aux politiques de développement territoriales et économiques, à la maîtrise technique de l’environnement, à l’idéologie de l’innovation et à la redéfinition du design en tant que pratique sociale. En donnant la parole à des designers et à des théoriciens, le séminaire se veut comme un espace critique d’échange pour les doctorants/es d’EnsadLab, et est ouvert également aux étudiants/es des autres établissements de PSL. LE DESIGN DU MONDE. L’impact social des objets Aujourd’hui, les projets de design qui revendiquent une dimension sociale ne cessent de se multiplier. Dans le sillage de pionniers comme Victor Papanek, Yona Friedman ou Ivan Illich, ces projets défendent des formes d’intervention durable et responsable au service des communautés et de « l’innovation sociale » (Manzini, 2015). Si, d’un côté, sont mobilisées les expériences fondatrices du Bauhaus et d’une connexion fertile entre créativité et technique, de l’autre, des nouvelles théorisations viennent appuyer les pratiques engagées, de Donald Schön (The Reflective Practitioner, 1983) à Nigel Cros (Designerly Ways of Knowing, 1982). Dans ce contexte, un postulat s’affirme comme une évidence encore trop peu discutée dans sa dimension pragmatique : la tâche du designer est de modifier l’état du monde, de le transformer. L’importance grandissante de ces attitudes éclaire d’un jour nouveau les relations entre technique, esthétique et société et amène à penser autrement la notion même de design, ses champs d’application ainsi que les actions de socialisation dans et par le monde matériel. Si, en paraphrasant Papanek, il s’agit aujourd’hui de penser un « design pour un monde réel », il faut bien s’interroger sur le type de design que l’on met en place et pour quel type de réel – comme le souligne Arturo Escobar (2018). La course au développement de ces territoires considérés comme sous-développés (Escobar, 1995) n’a cessé de produire des effondrements très concrets et surtout lorsque, dans les années 1990 et 2000, la tendance a été celle de décentrer le développement vers les pays du « Sud Global ». Comme le remarque la théoricienne du design brésilienne Barbara Szaniecki, « nombreux sont les designers contemporains qui se retrouvent souvent face au dilemme d’agir en amont ou en aval des mondes, autrement dit de produire de l’innovation ou de réparer les ruines causées par ces modèles de développement. » (Szaniecki, 2020 : 106). Le design a été particulièrement sensible à ces dynamiques en proposant alors des modèles collaboratifs et participatifs se voulant « réparateurs » de liens brisés entre les habitants et la terre, ou bien porteurs de nouveaux possibles et de systèmes de production qui s’écartent du modèle industriel. Ceci semble construire d’autres matrices épistémologiques pour le design qui, s’il se prétendait auparavant comme « social », se veut aujourd’hui ontologique (Szaniecki, 2019) ou encore décolonial (Schultz et Allii, 2018), lorsqu’il se donne pour mission de produire des alternatives aux dérives du monde globalisé (Tsing, 2020). Alors, la question qu’il faut se poser est : Que se joue-t-il dans ces redéfinitions du design? Quelle(s) nouvelle(s) société(s) se dessine(nt) par le design ? Le séminaire doctoral de l’année 2020-2021 se focalisera sur le design en tant que pratique sociale, sur son impact dans la société, à partir du partage d’expériences de designers et des réflexions de théoriciens et de spécialistes des sciences humaines.