L'humour comme levier d'apprentissage multiple : apprendre à apprendre et vivre-ensemble au lycée professionnel Le public des lycées professionnels (LP) se caractérise par une recherche de professionnalisation, allant du passage de la 3e prépa pro au baccalauréat avec spécialité. Toutefois, force est de constater que ce public, indépendamment des sections de spécialités choisies, est en difficulté depuis les années du collège : difficultés sociales, économiques, familiales, scolaires (Education et Formation, n°93, Mai 2017). Nous pouvons alors nous demander si l'usage du rire ne serait pas davantage, pour eux, un repoussoir face au système scolaire ou face aux contenus de pensée proposés. En d'autres termes, comment l'humour peut-il favoriser le lien du « vivre- ensemble », non seulement entre l'élève et l'enseignant(e) mais également entre les élèves de la classe ? S'il est vrai que le rire, notamment l'humour, peut naître de malentendus, de situations non désirées et provoquer des fous rires aussi bien de l'enseignant(e) que de la part des élèves, c'est souvent un bon moyen de se souvenir des ces moments de lâcher-prise a posteriori. Dès lors, l'humour peut devenir une pratique que l'enseignant(e) utilisera afin d'orienter son cours vers des objectifs pédagogiques prédéfinis. Mais, encore-faut-il que cet humour ne soit pas uniquement l'apanage du professeur « humour du prof » et que les apprenants parviennent à en déceler le sens et se l'approprient. Tout comme il n'existe pas deux élèves identiques, l'humour est aussi très varié. Formes diverses d'humour comme l'ironie, le sarcasme ou le double sens, il s'agit de ne pas heurter les limites de la subjectivité aussi bien que celle de la compréhension (Gaudreau, 2009), ce sans quoi l'humour ne sera plus un phénomène d'apprentissage collectif. En effet, nous verrons dans une première partie que l'enseignant se sert de l'humour pour mettre en évidence un point de la séquence (Ziv, 1988), un thème ou un concept-clé à retenir. Il ne s'agit donc pas de faire apprendre, de manière automatique et répétitive, mais de donner du sens à l'apprentissage. Ainsi, ce qui nous intéresse particulièrement est le fait que l'humour soit un levier de réflexion et, par conséquent, de prise de distance face aux contenus. L'humour est donc une manière d'apprendre à apprendre afin de renforcer l'esprit critique des élèves. Néanmoins, l'apprentissage n'est possible que si un cadre est défini : écoute, bienveillance, savoir-être et savoir-faire. Autrement dit, l'emploi de l'humour détourne de situations de tension, contre-productives à l'assimilation. Le ton plus « léger » permet de lisser les relations dans la classe et crée une attention plus intense. Qualifié de « lubrifiant social » par Garitte et Legrand (2003), l'humour crée un environnement de confiance, propice aux apprentissages. Mais, comment le rire permet-il d'apprendre ? Dans quelles mesures les interactions du groupe/enseignant(e) favorisent- elles l'apprentissage ? Nous verrons enfin que, suivant l'étude de Shiyab (2009), l'humour joue un rôle fondamental dans la création d'une harmonie et d'une cohésion entre les étudiants et le professeur(e) : coupant la monotonie du cours, l'humour offre une dynamique positive au groupe, calmant les angoisses individuelles (Bans et al., 2011), laissant aussi l'expression aux étudiants. Le pouvoir n'est donc plus réservé à la figure professorale mais est redistribué entre les apprenants de sorte que le cours devienne un dialogue sans cesse renouvelé.