LE FORMALISME JURIDIQUE COMME SCIENCE DU MATÉRIAU JURIDIQUE PUR * François-Xavier LICARI Université de Lorraine Abstract : What is legal formalism ? This expression is often used in American and European legal literature but its meaning remains elusive. For some, it is nothing more than a myth or a straw man. In this article we offer a nuanced view of the subject and support the opinion that there are two kinds of «formalisms» or better, legal orthodoxies : the historical one, linked to Chrostopher Columbus Langdell and his epigones and the contemporary one, called «textualism», promoted by Antonin Scalia and his followers. These two kinds of formalism appear as a science of pure legal material. But at the same time, we would like to show that the formalism/Realism polarization obfuscates the richness of legal theory necessary subtlety. « Stat rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus » U. eCo, Le nom de la rose, 1982 INTRODUCTION De quoi le formalisme est-il le nom ? En première approche, on pourrait défnir le formalisme « comme le régime dans lequel la forme prédomine sur le fond, en ce sens que l’observation des formalités préétablies sufft à entraîner des effets recherchés, sans qu’aucune considération soit portée à aucun autre élément, notamment à l’intention de l’auteur de l’acte envisagé » 1 . Le formalisme ainsi compris appartient à la théorie des actes juridiques. Ce formalisme s’oppose au consensualisme 2 . Il est bien connu et n’est pas l’objet de cette étude. La deuxième acception possible du « formalisme juridique » présente un lien de fliation directe avec la première, en ce sens que l’idée d’une certaine domination de la forme sur la substance y est présente, mais de manière nettement plus diffuse. * Sauf indication contraire, les traductions sont celles de l’auteur de cette étude. 1 H. levy-bruhl, « Réflexions sur le formalisme social », Cahiers internationaux de sociologie, vol. 15 (1953), p. 53. 2 Sur ce type de formalisme, les réflexions les plus pénétrantes restent à notre avis celles de J. Flour, « Quelques remarques sur l’évolution du formalisme », in Le droit privé français au milieu du ving- tième siècle - Études offertes à Georges Ripert, t. 1, Paris, LGDJ, 1950, p. 93 ; pour des études récentes sur ce phénomène : N. bonne (dir.), Le formalisme : sources et technique en droit privé positif, LGDJ, 2017 ; Formalisme et néoformalisme : Journées d’études Jean Beauchard - Paolo Vecchi, Presses universitaires juridiques de Poitiers, 2017.