Photomatou, 2007 14 affiches imprimées sur papier, palettes en bois, 84 x 60 cm © ADAGP, Paris 2020 Comment penser la participation dans les recherches culturelles ? 68 CULTURE ET RECHERCHE n° 140 hiver 2019-2020 Recherche culturelle et sciences participatives MARTA SEVERO Professeure des universités EA Dicen-IDF, Université Paris Nanterre/Institut universitaire de France Qui sont les participants aux recherches culturelles participatives ? La gestion des participants est un des défis les plus importants des recherches culturelles participatives. Si une bonne connaissance des participants, avec leurs attentes, leurs compétences et leurs motivations, est le prérequis nécessaire pour construire un dispositif participatif fonctionnel et efficace, cette condition n’est pas évidente à atteindre. Les études qui ont cherché à proposer des analyses pour mieux cerner les profils des participants aux recherches culturelles participatives sont rares pour des raisons évidentes, notamment d’ordre éthique. Que ce soit un projet face à face ou un projet numé- rique, ce que nous pouvons connaitre est généralement le volume des contributeurs et des contributions, mais nous pouvons rarement avoir des informations précises sur les profils et les motivations des partici- pants. Même dans le cadre des plateformes numé- riques, où il serait possible de récolter des informations saisies par le participant à travers un formulaire d’ins- cription ou d’analyser des données générées automa- tiquement par l’usage de la plateforme (analyse des logs), l’orientation générale est d’éviter de collecter des informations privées qui ne sont pas vraiment nécessaires au projet participatif. Pour faciliter la gestion des participants, les projets de sciences participatives s’adressent souvent à des communautés spécifiques qui sont concernées par l’enjeu social, scientifique ou politique du projet. C’est le cas par exemple de la population de certaines zones touchées par des crises écologiques, des habitants d’un quartier ou de passionnés d’un objet spécifique, comme les ornithologues. Cependant, l’identification d’une communauté spécifique devient plus difficile dans les projets de sciences participatives qui s’appuient sur des plateformes numériques, accessibles en ligne à quiconque. Même si la plateforme s’adresse à une cible déterminée, le porteur du projet ne peut pas empêcher la participation d’autres publics qui arri- veraient sur la plateforme par hasard ou pour des raisons différentes de celles prévues par le concepteur. La donne devient encore plus complexe quand l’objet de ces plateformes contributives est en lien avec la culture, le patrimoine ou la mémoire. En effet, ces objets sont censés intéresser des publics très larges, d’âges différents, des publics scolaires aux seniors, de compétences variées, du simple passionné au profes- sionnel, et provenant de zones géographiques très diverses (ville-campagne, nord-sud, France-Étranger). En d’autres mots, l’amateur de culture est partout. Ce peut être un professionnel qui veut contribuer à une retranscription de manuscrits dans son temps de loisir, un enseignant qui vise à approfondir un sujet à travers la contribution, un groupe d’étudiants ou d’élèves qui participent à un projet dans le cadre d’un cours, des touristes qui veulent laisser une trace de leur passage ou simplement des passionnés de défis participatifs. Il suffit de considérer le cas des généalogistes, qui s’intéressent à l’étude des familles (notamment leur famille) et participent souvent à des projets de recherche participative de retranscription des docu- ments du passé. Le déclencheur de leur activité contri- butive est généralement personnel. Un généalogiste peut être intéressé par le fait de redécouvrir l’histoire de son père, grand-père ou arrière-grand-père. Mais, à partir de cette expérience individuelle, il peut élargir son intérêt à l’histoire de la Première ou de la Deuxième Guerre mondiale et, à partir de là, il peut devenir un véritable expert de la recherche historique et de l’enquête dans les archives. Pour des plateformes comme Mémoire des hommes, Testaments de poilus, ou encore Monuments aux morts (voir ci-contre), il est difficile de connaître exactement qui sont les contri- buteurs, quelles sont leurs motivations et leurs profils professionnels et/ou amateurs. Et par conséquent, il devient également difficile de créer des activités d’ani- mation et de personnaliser l’interface de la plateforme selon les besoins d’un public numérique inconnu. À ce propos, nous proposons un carré (voir schéma ci-contre) distinguant quatre catégories de participants à des projets de recherche culturelle participative : les participants imaginés, les participants connus, les parti- cipants inconnus et les participants involontaires. Ce « carré du participant » ne doit pas être interprété