273 Les Vies de Saints et la construction temporelle des espaces sacrés dans l’Orient romain tardo-antique Aude Busine Cette analyse de Vies de Saints rédigées entre la deuxième moitié du iv e et le début du vi e siècle a pour but d’éclairer la façon dont les Chrétiens s’approprièrent une forme d’espace sacré qui leur était jusque-là étrangère. Il s’agira de montrer que certains lieux consacrés aux saints martyrs et évêques furent dotés d’un enracinement dans le temps contribuant à leur sacralisation. Quand les lieux de cultes devinrent des lieux sacrés Dans ce cadre, il est utile de retracer les grandes lignes de l’évolution de la sacralité des lieux de culte chrétiens 1 . Alors que les temples gréco-romains n’étaient pas accessibles à la communauté de dévots et que les cultes tradi- tionnels avaient lieu en plein air au vu de tous, la fonction principale des « maisons de prières 2 » était d’accueillir les fidèles du Christ dans un lieu fermé pour communier et sacrifer au rite de l’Eucharistie 3 . Dans le christianisme pré-constantinien, l’espace sacré était défni non par un site spécifque ou par un bâtiment, mais par le groupe de croyants dont les prières conféraient sa sacralité à un endroit autrement considéré comme profane 4 . Ainsi, l’association entre un espace physique et le rituel qu’on y observait n’était pas statique ni pérenne, mais se renouvelait à 1. On renverra le lecteur aux synthèses de Sotinel Cl., « Les lieux de culte chrétiens et le sacré dans l’Antiquité tardive », Revue de l’histoire des religions, 4, 2005, p. 411-434 et Yasin A. M., Saints and Church Spaces in the Late Antique Mediterranean. Architecture, Cult, and Community, Cambridge, Cambridge University Press, 2009, p. 14-45. 2. Par exemple, chez Eusebe, Vie de Constantin 3, 25 : οἶκος εὐκτήριος. Voir Bartelink G. J. M., « “Maison de prière” comme dénomination de l’Église en tant qu’édifce, en particulier chez Eusèbe de Césarée », Revue des Études grecques, 84, 1971, p. 101-118. 3. Voir Stroumsa G., La fn du sacrifce. Les mutations religieuses de l’Antiquité tardive, Paris, Odile Jacob, 2005, p. 147-150. 4. Voir Matt. 18 : 20 ; 2 Éph. 20-22.