REPUBLICANISME ET CONSTITUTIONNALISME : LE DICTIONNAIRE DE LA CONSTITUTION ET DU GOUVERNEMENT FRANÇAIS DE P. N. GAUTIER François QUASTANA Professeur à l’Université de Lille, Centre d’Histoire Judiciaire (CNRS, UMR 8025) Si l’histoire des Constitutions est aujourd’hui bien connue, celle des origines du constitutionnalisme moderne dans ses rapports avec le républicanisme au sein de l’espace atlantique reste encore à écrire. C’est dans ce champ de recherche novateur que s’inscrit cette étude sur le Dictionnaire de la Constitution et du Gouvernement français de P.-N. GAUTIER, pour rendre hommage au guide éclairé et bienveillant qu’a été et demeure pour moi, le professeur Jean-Louis MESTRE. Paru au moment de l’achèvement du premier texte constitutionnel français, cet ouvrage ne semble guère avoir retenu l’attention des historiens de la Révolution ni celle des analystes de la Constitution de 1791 1 . D’un volume de plus de six-cents pages, il est pourtant le premier et le seul dictionnaire de la période, consacré exclusivement aux matières constitutionnelles, administratives et judiciaires. Il constitue, à ce titre, une formidable mine d’informations sur les nouvelles institutions nées de la Révolution. Connu surtout des analystes du langage et du vocabulaire politique révolutionnaire 2 , il est parfois mal daté, les lexicographes du début du XIX e siècle de BARBIER à QUERARD, confondant l’an troisième de la Liberté (1791) avec l’an III de la République mentionnent comme date de publication 1794 3 . Quant à son auteur, il n’a pas davantage attiré la curiosité des historiens, à l’exception et, pour d’autres raisons, de ceux des armées révolutionnaires. Les renseignements sur le personnage sont donc rares mais les quelques éléments qu’on a pu glaner permettent de fournir un premier éclairage sur son parcours et son positionnement idéologique (I). Contrairement à ce que pourraient laisser supposer la neutralité de son titre et, plus encore, le pesant sous-titre décrivant le contenu des 1 A l’exception de G. GLENARD qui ne le mentionne qu’une seule fois (L’exécutif et la Constitution de 1791, Paris, PUF, 2015, n. 283). 2 S. BRANCA, « Les mots de parti pris : citoyen, aristocrate et insurrection dans quelques dictionnaires », Dictionnaire des usages socio-politiques 1770-1815, fasc. 3, Paris, Klincksieck, 1988, p. 47-73 ; G. LOZACHMEUR, Le « Nouveau Dictionnaire (1792) d’A. Q. BUEE. Etude d’un discours polémique contre révolutionnaire, Thèse, Aix-Marseille I, 1995. 3 La même erreur se retrouve chez S. LEMMY, « Essais de définition. Délation, dénonciation, délateur, dénonciateur dans les dictionnaires français jusqu’à la Révolution », AHRF, n°368, 2012, p. 3-31.