L'economie des ((nouvelles biotech >> Par Marc-Hubert Depret* et Abdellilah Hamdouch** Vingt ans aprks leur avknement, les biotecb- nologies modernes affichent un bilan 8conomique mitigS. Leur potentiel, clans le domaine de la sant8 notamment, suffira-t-il ?t surmonter les obstacles qui freinent cette industrie naissante ? * I~conomiste, IFRESI-CLERSE, universit6 de Lille I, facult6des sciences (~conomiques et sociales, 2, rue des Canonniers, 59800 Lille cedex. ** (:conorniste, universit~ de Lille I, et Matisse-Crifes, universit~ Paris I, Maison des sciences (~cono- rniques, 106-112, bd de I'H6pital, 75647 Paris cedex 13. (1) M. Delapierre et al. (1098) In : A. Vinokur (ed.) O6cisions ~cono- miques, Economica, Paris, pp. 55-80. (2) M. Sharp et al. (1994) In: Les d6fis de la mondialisation innovation et concurrence (E Sachwald, ed.), Masson/IFRI, Paris, pp. 155-212. O 1 en va perc6es scientifiques et technologiques des majeures et des industries naissantes comme des genres litt~raires et des mouvements artistiques in~dits ou contestataires. A ses d~buts, la nouveaut~ suscite presque toujours des r6actions partag&s, de curiosit~ bien- veillante ou d'engouement inconditionnel, mais aussi de m6fiance ou de r&icence, voire de rejet. Et, au fur et mesure de sa diffusion, l'oscillation entre int&& pas- sionn6 et ddsamour p&iodique ~ son 6gard s'inscrit dans un cycle dont la rdgularit~ et l'issue sont fondamentale- ment incertains. Les biotechnologies appliqu6es ~ la sant6 n'&happent pas/a la r~gle. Pr6sent6es fi la fin des ann6es 1970 comme ,, l'61ec- tronique des ann&s 1980,~ 11} ou comme , la technolo- gie de la prochaine g~ndration ,, 12), les biotechnologies &aient alors consid6r&s comme une sorte de ,, solution miracle ,~, face aux preoccupations li~es fi la sant6,/t la malnutrition, ~ l'6nergie et/t la pollution. Elles devaient ainsi permettre un renouvellement rapide des techniques et des march6s dans les domaines de la sant6 humaine, de l'agriculture, de l'alimentation, de la chimie et de l'envi- ronnement. C'est 6galement ~ cette 6poque qu'dmergent v6ritablement les premiers mouvements &ologistes et les craintes qu'un d6veloppement trop rapide des biotech- nologies n'ouvre la bolte de Pandore (2, 3). Aujourd'hui, force est de constater que les espoirs plac6s en elles, en particulier dans le domaine de la sant~, ont 6t6 souvent d6qus, parfois d6passds, mais surtout sans cesse r66valuds. Les biotechnologies apparaissent ainsi ~ la crois6e des chemins (voir Biofutur [1997] 168, 3). Si l'on se limite aux seules consid6rations 6cono- miques, le bilan apparait mitig& En effet, malgr~ une forte croissance r&ente, leur poids &onomique reste limit6 et leurs perspectives industrielles assez incertaines, notamment en raison de freins technologiques et institu- tionnels persistants. Cependant, une prise en compte 32 BIOFUTUR200 • Mai 2000 conjointe des dimensions &onomique, technologique et institutionnelle, et une mise en perspective historique du d&eloppement du secteur permettent de dresser un &at des lieux plus nuanc6 des acquis des biotechnologies, et de mieux cerner les d&erminants de leur potentiel de croissance ~ moyen et long terme. > Une piece en cinq actes C'est fi partir de la description de la structure de la mol& cule d'ADN par James Watson et Francis Crick, en 1953, que les nouvelles biotechnologies prennent r&llement leur essor. Les progr& scientifiques et techniques s'acc& l~rent alors. Dans les ann6es 1970, commencent ~ &lore des start-ups sp&ialisdes, comme la californienne Genen- tech, en avril 1976. Elles sont issues d'essaimages (spin- off) des recherches acad6miques, et b6n6ficient du sou- tien des milieux financiers, attir6s par des pr&isions commerciales tr~s ambitieuses 11, 2, 4, 51. N6anmoins, l'at- titude des industriels de la pharmacie est r&olument