LES JURIDICTIONS SUPRÊMES
CONTRE LE VOILE : COMMENTAIRE
DE DEUX ARRÊTS ENGAGÉS
par
Mathias EL BERHOUMI
Chercheur aux Facultés universitaires Saint-Louis
1. Certains articles naissent posthumes.
Entre la rédaction et la publication, des rebondissements sont
susceptibles de mettre à mort les thèses qui sous-tendent une
recherche. Une partie de la contribution de Xavier Delgrange au
présent ouvrage a connu ce destin. Deux arrêts importants sont
venus redessiner les contours juridiques de l’épineuse question du
port du voile dans l’enseignement : l’arrêt n° 210.000 du Conseil
d’État et l’arrêt n° 40/2011 de la Cour constitutionnelle.
Importants, ces arrêts le sont d’abord car les juridictions
suprêmes se prononcent sur le fond. Pendant des années, le Conseil
d’État a dû manier l’art de la chicane pour éluder le sujet (1).
Quant à la Cour constitutionnelle, elle ne pouvait être saisie d’un
recours à l’encontre d’une mesure décrétale, le législateur s’étant
toujours abstenu – et en cela, les choses n’ont pas changé – d’entrer
en scène.
Une enseignante carolorégienne accomplit néanmoins l’exploit
d’introduire une action recevable devant le Conseil d’État. Peu de
(1) Voy. C.E., arrêt n° 191.533 du 17 mars 2009, a.s.b.l. M.R.A.X. et les observations de
S. van Drooghenbroeck, J.T., 2009, pp. 253 et 254 ; voy. également C.E., arrêts n° 148.566 du
2 septembre 2005, Tamarante ; n° 196.092 du 15 septembre 2009 ; n° 196.260, 22 septembre 2009,
Karadogan ; n° 196.261 du 22 septembre 2009, Tamarante ; n° 196.625 du 2 octobre 2009, Kheir ;
n° 196.626 du 2 octobre 2009, Dakir ; et le commentaire critique de la plupart de ces décisions in
G. Ninane, « L’interdiction des signes religieux et philosophiques dans l’enseignement – regard
sur un cadre juridique et son voile d’incertitudes», C.D.P.K., 2010, pp. 37 à 39; et M. El
Berhoumi , «Port du voile et nécessité d’une intervention législative», www.justice-en-
ligne.be, octobre 2009. Les arrêts n° 175.886 et n° 195.044 du Conseil d’État fut les premiers à
aborder le fond. Néanmoins, le Conseil d’État prononça la suspension puis l’annulation sans
résoudre le conflit entre neutralité de l’enseignement et liberté religieuse (voy. infra n° 25).
Le droit et la diversité culturelle
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