La frontière, un objet spatial en mutation. Groupe Frontière Arbaret-Schulz C., Beyer A., Piermay J.-L., Reitel B., Selimanovski C., Sohn C., Zander P. Ce texte est présentée ici en réponse à l’article « Frontière » de Jacques Lévy , du Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés, dirigé par Jacques Lévy et Michel Lussault La « frontière » est habituellement comprise comme la « limite de souveraineté et de compétence territoriale d’un État » De nos jours, la prégnance de cette définition semble s’estomper à l’échelle mondiale, accompagnant ainsi le processus de relativisation multiforme de l’État. Il faut y voir l’effet de l’évolution des techniques de transport et de communication, la dynamique et l’ampleur des échanges économiques, mais aussi la prise en considération politique d’une plus grande interdépendance du système-monde. Dans cette perspective, la désactivation sélective des frontières intra européennes n’est qu’une manifestation particulièrement vive d’un processus beaucoup plus vaste, mais très inégal à l’échelle planétaire. Cette tendance ne signifie d’ailleurs en rien la disparition de l’objet même de « frontière ». S’estompant sous ses expressions conventionnelles, la réalité frontalière réapparaît ailleurs, sous d’autres formes, mais toujours en des lieux investis d’une forte capacité de structuration sociale et politique. C’est dans ce travail de renouvellement effectif de la notion que s’est engagé le Groupe Frontière. La démarche conduit naturellement à revenir sur un concept central de la géographie, mais moins à partir de formes attendues que de propriétés. La frontière, une construction historique évolutive. L’Antiquité classique puisait l’idée de frontière dans les pratiques d’une société rurale qui bornait l’espace, dans le sens d’une extrémité au-delà de laquelle s’ouvre souvent l’inconnu (finis chez les Romains). L’apparition du terme est toutefois bien plus tardive, puisque son étymologie vient de « front », qui désigna à partir du 13 e siècle la limite temporaire et fluctuante séparant deux armées lors d’un conflit (Fèbvre, 1962). Ce n’est qu’avec l’avènement de l’État moderne que la frontière apparaît comme une limite de souveraineté (Nordman, 1999). Du 16 e au 19 e siècle, les principes de continuité et de cohésion territoriales s’imposèrent aux dépens des repères médiévaux et primèrent sur les allégeances interpersonnelles ; confins et marches furent alors remplacés par des tracés de plus en plus exclusifs.