Citoyenneté « autochtone » et réformes environnementales en Amazonie bolivienne Patrick Bottazzi Marc Hufty IUED, Genève 1 Hufty, M. et Bottazzi, P., « Citoyenneté ‘autochtone’ et réformes environnementales en Amazonie bolivienne », Bulletin d’études bolivianistes Lazos, No. 7, Paris, Université Paris X-Nanterre, avril 2005 : 135-146. 1. Introduction Il est apparu clairement depuis les années 1980 que la conservation des écosystèmes ou des aires protégées ne pouvait être efficace sans la prise en compte des populations locales : Conservation groups have begun to realize that effective resource protection is only possible if local communities are both fully involved in protected area planning and gain direct benefits from the project (Pimbert & Pretty, 1995 : 34). Ce constat s’est imposé parallèlement à la décentralisation et à l’idée de « participation » dans le développement. Depuis lors, de nombreux gouvernements ont modifié leur appareil juridique par l’adoption de normes à cet effet. C’est le cas de l’Etat bolivien qui a adopté depuis 1990 un ensemble sans précédent de législations relatives à l’environnement et à la gestion des ressources naturelles. L’une des principales innovations consiste en la reconnaissance de droits politiques et territoriaux spécifiques aux populations autochtones. Cette évolution juridique correspond à d’importantes mobilisations sociales parmi les différentes populations indiennes de Bolivie, et à leur institutionnalisation. Malgré cette nouvelle dynamique sociopolitique, et alors que les ressources naturelles amazoniennes se détériorent rapidement 2 , les populations autochtones éprouvent des difficultés à faire valoir leurs droits sur celles-ci et demeurent encore parmi les exclus des bénéfices générés par les ressources naturelles. L’activisme des organisations autochtones ne 1 Cette communication s’appuie sur les recherches en cours du NCCR-NS-IP8 / Groupe de recherche sur l’environnement et la gouvernance (IUED). 2 En moyenne, pour l'ensemble du pays, la déforestation est modérée, 0.31% par an sur les 20 dernières années (FAO, 2003), contre une moyenne latino-américaine de 0,7%. Mais rapporté à la faible population de la Bolivie, le rythme de déforestation est en réalité relativement élevé.