53 Articles } nº 19, 2013 a contrario elon Michel Serres, « le cadavre fut pour les hommes le premier objet Posé devant eux comme un problème et un obstacle, gisant » (Serres 1987 : 163) Le cadavre fut aussi le premier déchet, c’est-à-dire un objet à jeter, à isoler, à traiter de manière spécifique Depuis lors, l’humanité a développé de nombreuses façons de gérer les corps morts : on les brûle, on les enterre, on les offre aux animaux charo- gnards, etc Les rites qui accompagnent toutes ces procédures sont nombreux et variés Ils visent à s’approprier la fin, à saisir la limite, à établir un lien symbolique avec l’au-delà afin de recommencer le cycle de vie Or, s’il paraît relativement simple de se débarrasser d’un corps humain, l’affaire est beaucoup plus compliquée lorsqu’il s’agit d’un cadavre social : une pratique, un discours ou une civilisation 1 Où sont les restes du communisme ? Slavenka Drakulic, une journaliste croate, répond à cette question avec un sourire : « Les restes du communisme sont dans la cas- serole » (Drakulic 1991) Dans ce livre, plein d’humour mais aussi de peine profonde, elle parle des rêves, des peurs et des habitudes des femmes de l’Europe de l’Est qui ont vécu dans les pays du bloc soviétique Depuis 1991, année de la publication de cet ouvrage mais aussi de l’annulation du pacte de Varsovie, chaque pays de l’ex-bloc communiste n’a pu compter que sur ses propres moyens pour s’appro- prier son héritage historique, idéologique et matériel Parmi les restes matériels, qui sont aussi « les monu- ments funéraires » abritant cet héritage, on trouve une quantité importante d’objets de l’époque, mais aussi des Où sont les restes du communisme ? Recyclage de la mémoire soviétique dans les expositions et les œuvres d’art Zinaida Vasilyeva S 1 Cet article a été préparé avec le soutien du Fonds national suisse (projet 137796) J'aimerais remer- cier chaleureusement Emanuel Landolt et Antonin Wiser pour leur aide apportée lors de sa rédaction « Si vous ne savez pas comment vous débarrasser du rebut de l’isba russe, donnez-le aux artistes, […] ils en feront de l’art contemporain… » Pasha Louzhetski, Sermiazhnaya pravda russkogo iskusstva