La valeur théorique de l’expérimentation de Milgram Raphaël Künstler Version de travail : ne pas citer ! 1. Le problème des perpétrateurs ordinaires Les faits que décrit Christopher Browning dans Des hommes ordinaires sont à première vue incompréhensibles. L’ouvrage s’ouvre par la description du massacre de l’ensemble des habitants juifs de la ville Josefow, située dans le district de Lublin, le 13 juillet 1942. Les hommes du bataillon de police 101, amenés au petit matin dans cette ville, y apprirent alors quelle serait leur tâche : liquider cette population. Ces hommes n’étaient pas des soldats, mais des policiers réservistes, pères de famille, qui n’avaient pas encore été « brutalisés » par la guerre 1 . Pourtant, chacun parcourut à côté de sa future victime l’espace qui séparait l’entrée de la forêt et les fosses communes qui y avaient été creusées, ordonna à sa victime de s’allonger sur les cadavres qui s’y trouvaient déjà, appliqua la baïonnette de son fusil sur sa nuque, et appuya sur la gâchette. 1500 personnes, femmes, enfants, vieillards, hommes désarmés et démunis, furent assassinés dans la journée. Le massacre de Josefow est un cas exemplaire, car il est représentatif de nombreux autres massacres qui se sont déroulés selon les mêmes modalités, et qu’il forme en outre l’unité 1 . Le régime d’occupation de la Pologne était spécifique. Contrairement à l’Europe de l’ouest, les policiers y étaient des Allemands. Tandis qu’en Russie, le système d’expansion territoriale nazi comportait deux éléments : la Wehrmart, qui augmentait le Lebensraum, les Einstazgruppen qui suivaient l’armée et assassinaient les Juifs et tous les citoyens suspects. En Pologne, c’est l’Ordnungpolizei avait pour tâche de chasser les Juifs de leurs quartiers pour les envoyer dans les ghettos, puis de chasser les survivants du ghetto et les envoyer dans des camps de concentration ou d’extermination. Et, quand cela n’était techniquement pas possible, de liquider directement la population.