Annales de dermatologie et de vénéréologie (2011) 138, 71—74 FICHE THÉMATIQUE / PATHOLOGIE UNGUÉALE L’onychomatricome Onychomatricoma B. Richert a,* , J. André b a Service de dermatologie, hôpital universitaire de Liège, Liège, Belgique b Département interhospitalier de dermatologie, hôpital universitaire Saint-Pierre, Brugmann et hôpital des enfants, université Libre de Bruxelles, Bruxelles, Belgique Disponible sur Internet le 17 d´ ecembre 2010 L’onychomatricome est une tumeur bénigne de la matrice unguéale, d’origine inconnue, décrite en 1992 par Baran et Kint [1]. Clinique L’onychomatricome se rencontre essentiellement chez les adultes d’environ 50 ans. La grande majorité des observa- tions sont européennes [1—4]. De rares cas ont été rapportés chez des patients à peau noire, un seul chez l’enfant [4,5]. La localisation est essentiellement digitale (75 % des cas) et le majeur est touché dans deux tiers des cas [6]. L’aspect est caractéristique et associe (Fig. 1a) : un épaississement de l’ongle sur toute sa longueur, de largeur variable, respectant une partie latérale ou bila- térale d’ongle rosé sain, en fonction de la localisation de la tumeur ; une hypercourbure longitudinale et transversale de la tablette ; une xanthonychie (coloration jaunâtre) longitudinale ; une accentuation du relief longitudinal réalisant parfois des crêtes nettes ; des hémorragies filiformes distales mais surtout proxi- males ; des perforations de la tablette dans la zone épaissie (Fig. 1b). Auteur correspondant. Adresse e-mail : Bertrand.Richert@skynet.be (B. Richert). À la base de l’altération unguéale, une tuméfaction nodu- laire peut être présente (Fig. 1c). Des variétés inhabituelles ont été décrites : forme géante (Fig. 1d), association à un ptérygion dorsal (Fig. 2), à une mélanonychie longitudinale (Fig. 1c et 2) ou à une onychomycose (Fig. 2) [2]. L’avulsion unguéale est diagnostique : elle révèle la tumeur matricielle qui évoque une anémone de mer, avec ses digitations caractéristiques (Fig. 3a). Ces dernières pénètrent dans des tubulures longitudinales de la partie proximale de la tablette [1]. Elles sont onychogènes et responsables de l’épaississement de celle-ci. Exceptionnel- lement, leur longueur est telle que la manucurie entraîne un saignement. Imagerie médicale La dermoscopie aide au diagnostic en permettant la visuali- sation de multiples perforations de la tablette au bord libre (Fig. 3b). L’aspect en IRM avec antenne digitale est typique et révèle, sur les coupes sagittales, les digitations caracté- ristiques qui pénètrent l’épaisseur de la tablette (Fig. 3c) [7]. L’échographie de haute résolution à fréquence variable semble prometteuse [8]. Diagnostic différentiel L’image clinique est caractéristique. Il faut toutefois exclure une onychomycose (Fig. 4a) et une maladie de Bowen (Fig. 4b). 0151-9638/$ — see front matter © 2010 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. doi:10.1016/j.annder.2010.10.027