Traitement antibiotique oral des neutropénies
fébriles en onco-hématologie
L’expérience du groupe antimicrobien de l’EORTC
© 2004, Masson, Paris Presse Med 2004; 33: 327-9
A.Cometta
1
, W.Kern
2
pour l’International
antimicrobial therapy
cooperative group
de l’EORTC
Prise en charge ambulatoire
des neutropénies fébriles en onco-hématologie
D OSSIER HÉMATOLOGIE
Summary
Treatment with oral antibiotics of febrile neutropenia in
onco-haematology
The experience of the EORTC anti-microbial group
The context Up until the nineties, the intravenous administration
of a broad spectrum antibiotic was the classical treatment of any
patient presenting with febrile neutropenia. Since then, in patients
considered at low risk and with expected of neutropenia less than
7-10 days, oral antibiotherapy has become an attractive option.
Two large studies A study by the antimicrobial group of the EORTC
(European organisation for research and treatment of cancer) and
a North American study have compared the efficacy of an oral
combination of ciprofloxacine and amoxicillin/ clavulanic acid with
that of an intravenous antibiotherapy in low-risk patients
presenting febrile neutropenia. In both studies, the success rate was
the same in the group of patients treated with oral antibiotics and
those treated with intravenous antibiotics.
Reservations These two studies were conducted in hospitalised
patients. No conclusions can be drawn with regard to out-patient
treatment. Out-patient management would only be possible after
appropriate selection of patients at low risk.
A.Cometta, W.Kern pour l’International
antimicrobial therapy group de l’EORTC
Presse Med 2004 ; 33 : 327-9 © 2004, Masson, Paris
Résumé
Le contexte L‘administration intraveineuse d‘un antibiotique à
large spectre constituait, jusqu‘au milieu des années 90, le
traitement classique de l‘état fébrile chez tout patient
neutropénique. Depuis, chez les patients considérés comme à bas
risque avec notamment une neutropénie attendue inférieure à 7-
10 jours, l‘antibiothérapie orale est devenue une option attractive.
Deux grandes études Une étude du groupe antimicrobien de
l‘EORTC (European organisation for research and treatment of
cancer) et une étude américaine ont comparé l‘efficacité d‘une
combinaison orale de ciprofloxacine et d‘amoxicilline/acide
clavulanique à celle d‘une antibiothérapie intraveineuse chez des
patients neutropéniques fébriles à bas risque. Dans ces deux études,
le poucentage de succès a été le même dans le groupe
d‘antibiothérapie orale et dans celui d‘antibiothérapie
intraveineuse.
Réserves Ces deux études ont été réalisées chez des patients
hospitalisés. Elles ne permettent aucune conclusion concernant un
traitement ambulatoire. Une prise en charge extra-hospitalière
n‘est possible qu‘après une sélection appropriée des patients à bas
risque.
La Presse Médicale - 327 13 mars 2004 • tome 33 • n°5
J
usqu’au milieu des années 90,
l’administration intraveineuse
d’un antibiotique à large spectre
constituait le traitement classique de
la neutropénie fébrile.L’analyse de la
réponse au traitement antibiotique a
mis en évidence que le risque de
complication sévère ou d’évolution
fatale n’était pas le même chez tous
les patients neutropéniques. Il s’avé-
rait en fait que ces patients pou-
vaient être stratifiés en fonction de
la durée attendue de la neutropénie,
de l’absence ou de la présence de
conditions cliniques sous-jacentes
1
(telles l’hypotension, une désorien-
tation, une insuffisance respiratoire
ou rénale, une pathologie abdomi-
nale). Ont été considérés à bas
risque les patients avec une neutro-
pénie attendue inférieure à 7-10
jours, sans condition clinique sous-
jacente, avec une tumeur non pro-
gressive ou une hémopathie en
rémission. Des stratégies thérapeu-
tiques simplifiées ont été envisagées
surtout dans le but d’une prise en
charge ambulatoire de ces
patients
2,3
. L’antibiothérapie orale,
par son coût avantageux et son
administration aisée sans nécessité
de cathéter, devenait alors une
option attractive.
Le spectre microbiologique et les
propriétés pharmacocinétiques des
fluoroquinolones en ont fait des anti-
biotiques de choix dans cette indi-
cation. Cependant, l’activité défi-
ciente des quinolones disponibles
au milieu des années 90 sur les cocci
à Gram positif tels les streptocoques
viridans ou les pneumocoques a
1 - Div. des maladies
infectieuses,
CHUV, 1011 Lausanne,
Suisse
2 - Medizinische
Universitätsklinik und
Poliklinik, Sektion
Infektiologie und
Klinische Immunologie,
89070 Ulm, Allemagne
Correspondance :
Alain Commetta
Div. des maladies
infectieuses,
CHUV, 1011 Lausanne,
Suisse
alain.cometta@chyc.ch