Intervention à la journée d’étude « vivre ensemble de près ou de loin : pratiques et politiques de la cohabitation » Moscou, 17 mai 2002. Geste moral et politique du vivre ensemble perspective sociologique sur l’organisation dune bonne cohabitation Luca Pattaroni Comment vit-on ensemble ? Afin de pouvoir analyser ce qui se joue dans les efforts entrepris par les cohabitants de différents squats genevois afin de vivre en bonne collectivité, il nous paraît important de disposer d’outils sociologiques à même de discerner les dimensions morales et politiques de ce vivre ensemble. Dans ce souci d’analyse des ressorts moraux de la cohabitation, nous retrouvons une question classique de la sociologie. En effet, la pensée sociologique a été soutenue depuis ses débuts par la volonté de comprendre et d'analyser la possibilité même de vivre ensemble en paix. Dans cet effort de compréhension des modalités par lesquelles les êtres humains se lient et s'ordonnent, une place importante a toujours été donnée à la morale. La plupart des auteurs fondateurs de la discipline ont ainsi tenté d'appréhender sociologiquement la dimension morale de l'agir humain (Isambert, 1979). Cette réflexion s'est par la suite estompée, remplacée en partie par des analyses plus restreintes portant sur les mœurs, les valeurs ou encore les normes. La notion de morale elle-même a été ostracisée, soupçonnée de faire entrer une dimension prescriptive – pire "moralisante" (Isambert et al., 1978) - au sein d'une science à vocation descriptive. Néanmoins, il nous paraît important aujourd'hui – à la suite d'un certain nombre d'auteurs qui ont maintenu vivante cette tradition- de reprendre cet effort de sociologie morale. Plus particulièrement, dans ce texte, nous aimerions esquisser quelques éléments visant l’analyse sociologique des dimensions morales et politiques de la vie en commun. Nous joignons ici les dimension morales et politiques car elle nous paraissent étroitement liées. C’est ce lien que nous aimerions retracer