L’histoire du bocage breton au filtre de la critique épistémologique : de l’impasse scientifique aux voies de recomposition MAGALI WATTEAUX L e paysage bocager occupe une place de choix dans l’imaginaire collectif de nos paysages et en particulier dans les régions de l’ouest de la France. Pendant longtemps, ce terme désignait dans le langage courant un pays boisé fait de haies mais surtout d’arbres disséminés et de bosquets. C’est ce sens qui est encore mentionné au début du xx e siècle dans le Petit Robert 1 . Le sens restrictif qu’on lui connaît aujourd’hui a été forgé par les géographes à la fn du xix e siècle pour désigner un système de champs enclos et complantés, associé à un habitat dispersé, un dense réseau de chemins, une forme relativement massive et irrégulière des parcelles et à un régime agraire individualiste. Il fut conçu et décrit comme l’antithèse de l’openfeld [Fig. 1]. La haie et son talus/ fossé occupent évidemment une place de choix, mais ce qui la fait passer au stade de « bocage » est sa structuration en réseau. À l’issue d’un siècle d’études géographiques, historiques mais aussi archéologiques et paléoenvironnementales, ce concept de « bocage » en ressort durci et pose quelques problèmes lorsqu’il s’agit d’intégrer les récentes découvertes ou relectures qui entrent parfois en contradiction avec l’usage qui en est fait. Il s’agit pour cette raison d’un « objet en 1. C’est d’ailleurs le sens médiéval de boschage et le sens premier de ce mot : « lieu boisé », « fourré » (Cf. Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IX e au XV e siècle de F. Godefroy, 1881). Cf. infra. Extrait de : Histoires des Bretagnes – 6. Quel Moyen Âge ? La recherche en queston, Hélène Bouget et Magali Coumert (dir.), Brest, Éditons du CRBC, 2019.