LIBRE OPIN ION mdecine/scences 1 995 ; 1 1 : 755-60 Questions éthiques à propos des grefes expérimentales de tissus fœtaux humains sur les souris scid/scid Bruno Cadore, Francis Puech, Jean-Yves Cesbron L e modèle réalisé par la grefe expérimentale de tissus fœtaux sur des souris SCID hu est considéré comme un << cas-limite » révélateur des questions éthiques posées par le pré lèvement de tissus fœtaux à fins de recherche. En situant cette recherche dans les cadres éthiques actuels, les auteurs proposent des attitudes pratiques pour la demande de consentement des parents, et de poursuivre la réflexion éthique concernant la justification de ce type de recherche et le problème de l'ins trumentalisation de l'humain qu'elle suppose. 1 Actualité de la question La recherche impliquant des tissus fœtaux humains est promise à nombre de développements. A côté de 1 'indispensable formulation de règles déontologiques, l'interroga tion éthique fait surgir des questions fondamentales qui méritent d'être portées au débat. La réflexion que nous présentons ici voudrait y contri buer à partir de l'exemple d'une recherche impliquant la grefe expé rimentale de tissus fœtaux sur des souris scid/scid. Les souris dites SCI (seere combined immune deicienc) pré sentent une absence d'immunité humorale et cellulaire [ 1 ] et tolèrent des xénogrefes [2-4] . Ces souris s'offrent donc à la possibilité de réa- mis n' 5, vol. I l, mi 95 liser des modèles expérimentaux per mettant des études in vivo par gref fes de tissu fœtal humain sur l'animal. Une étude des questions éthiques soulevées par ce type de modèle de recherche peut, au premier regard, paraître aborder la question de l'uti lisation des tissus fœtaux sous un angle trop spécifique. Une expérien ce de trois ans nous conduit pourtant à penser que, malgré et probable ment à cause de son caractère relati vement exceptionnel qui en fait une sorte de < < cas-l imite · , , ce type de recherche invite à approfondir les enjeux du débat éthique concernant la recherche sur les tissus fœtaux. La récente édition du Dictionnaire pe r manent de Bioéthique et Biotechnologes propose un article de synthèse sur le thème : < < Utilisation des cellules, tis sus et produits d'embryons ou de fœtus humains » [5] . Nous nous per mettons ici de nous appuyer sur cet article qui présente une synthèse de l'état actuel de la réflexion éthique et surtout juridique à ce propos. Il convient de souligner que cela ne rend compte que du contexte fran çais ; nous signalerons au passage, plus loin, les éléments de convergen ce, voire de divergence, avec d'autres aires culturelles. Il n'y est pas traité explicitement de la question qui fait l'objet précis de la présente réfexion ; cependant, sont très clai rement dégagées les grandes ques tions éthiques actuellement débat- tues concernant l'utilisation des tis sus fœtaux dans la recherche et la pratique médicales, diagnostique ou thérapeutique. Trois grandes ques tions d'ordre éthique se dégagent à propos de l'utilisation de tissus fœtaux humains en recherche bio médicale : (1) comment se donner les moyens de respecter la dignité de l'humanité du fœtus sur lequel sont prélevés les tissus ; (2) comment la finalité de la recherche prend-elle en compte ce souci du respect; (3) quelles sont les conditions déf inies pour le prélèvement de ces tissus [6, 7] ? C'est par rapport à ces questions que nous avons voulu envisager celles qui sont mises en valeur par le modè le expérimental étudié, le situant ain si dans le cadre législatif et déontolo gique déjà existant. La législation récemment adoptée en France prend position concernant la recherche sur des tissus embryon naires dans le cadre des techniques d'assistance médicale à la procréa tion. Cependant, le droit actuel ne donne pas de réponse aussi précise à propos des fœtus après interruption de grossesse. En effet, les fœtus concernés n'ayant jamais été des per sonnes autonomes vivantes, il n'est pas facile d'appliquer directement à ce propos la loi dite Caillavet (du 22 décembre 1976) concernant les prélèvements sur cadavres humains. Cette ambiguïté a conduit le Comité consultatif national d'éthique 755