CJRS/RCSR 34(4) Numéro spécial 2011 177 Reproduit avec la permission du détenteur du copyright. Toute autre reproduction est interdite. Cet article s’appuie sur une thèse de géographie portant sur les phéno mènes migratoires contemporains af fectant les espaces ruraux des moyennes montagnes françaises (Co gnard, 2010). Ceuxci, après avoir parti culièrement souffert d’un exode rural séculaire, ont globalement été sensibles au même renouveau démogra phique que l’ensemble des territoires ru raux français, même si c’est souvent un peu plus tardivement. Comme pour ces derniers, le renversement de tendance dans la décennie 1970 est essentielle ment le fait d’une inversion du bilan mi gratoire, révélatrice d’une nouvelle at tractivité. La question de l’installation de « nouveaux habitants » trouve dans ces régions de moyenne montagne un écho particulier du fait d’enjeux exa cerbés, qui les font apparaître comme des espaces laboratoire au double titre de leur fragilité relative (démo graphique, économique et sociale) et de l’importance des espoirs placés au jourd’hui dans les politiques d’accueil 1 de nouvelles populations. La lisibilité de ces phénomènes y est également accrue par de fréquentes faibles densi tés, qui les rendent particulièrement réceptives aux évolutions en cours. C’est au cœur de l’articulation entre nouveaux habitants et dévelop pement territorial que nous avons pla notre problématique : ces nou veaux phénomènes migratoires sontils en mesure d’inverser les ten dances démographiques et écono miques régressives des territoires ru raux de moyenne montagne française? Ces migrants sontils de potentiels le viers pour le développement local, « exploitables » dans le cadre de la mise en place de politiques d’accueil spécifiques ? C’est sur la troisième par tie de notre thèse 2 s’intéressant plus spécifiquement aux recompositions sociospatiales liées à ces arrivées que nous souhaitons revenir de manière synthétique dans le cadre de cet ar ticle. Quelles sont leurs conséquences à la fois démographiques, sociales, économiques et identitaires et sont elles source de développement ? Il convient toutefois de souligner en préambule que ces répercussions ne sont pas aisées à mesurer. D’abord, parce que le mouvement reste encore trop récent dans de nombreux terri toires de moyenne montagne pour dresser des bilans définitifs. Or, les modifications sont rarement radicales et immédiates et il faut en la matière disposer d’un minimum de recul. En suite, parce qu’on doit se méfier des globalisations outrancières. Chaque individu a un impact spécifique, qu’il est difficile de généraliser, la popula tion migrante n’étant pas uniforme et son investissement dans le milieu local non plus. Il faut également être atten tif à ne pas tomber dans une opposi tion caricaturale dans la comparaison entre ces « nouveaux habitants » et les Les nouveaux habitants dans les régions rurales de moyenne montagne en France : de la recomposition sociale au dévelop pement territorial ? Françoise Cognard Clermont Université, CERAMAC 63037 ClermontFerrand. Adressez vos commentaires à fcognard@free.fr Soumis le 17 novembre 2011. Accepté le 7 avril 2012. © Canadian Regional Science Association/ Association canadienne des sciences régio nales 2011. Cognard, F. 2011. Les nouveaux habitants dans les régions rurales de moyenne mon tagne en France : de la recomposition sociale au développement territorial ? Canadian Journal of Regional Science / Revue canadienne des sciences régionales 34(4), 177188. Cet article porte sur les phénomènes migratoires contemporains affectant les espaces ruraux des moyennes montagnes françaises et s’interroge plus précisément sur les im pacts de l’installation de nouvelles populations et les recompositions qu’elle entraîne. Les conséquences apparaissent à la fois importantes et ambivalentes, même si elles sont souvent difficiles à évaluer précisément. Dans des espaces ruraux montagnards généralement dévitalisés, ces nouveaux habitants sont synonymes d’apports démogra phique, intellectuel et économique et constituent donc des leviers du développement territorial par leur contribution à la revalorisation matérielle comme identitaire de l’espace rural. Cependant ces arrivées suscitent également des interrogations nouvelles et s’accompagnent d’une redéfinition de la ruralité plus ou moins aisée et potentielle ment porteuse de tensions (problèmes d’intégration, conflits d’usages, pression fon cière). This article explores how contemporary inmigration affects rural areas in the French ’middle’ mountains regions. Migrants reshape both socially and spatially. The reshaping is large, ambivalent, and often difficult to assess. Although inmigration is not large enough to reverse the natural deficit, newcomers contribute to the life of these areas because of their relative youth and the high proportion of couples with children. Even though demographic revitalization is not completed yet, social reconditioning is under way everywhere and is often firmly implanted; enabling a reenrichment of social struc tures impoverished by years of rural exodus. These new residents—with their social, in tellectual and cultural potential—often bring to their new territory a fresh dynamic. These settlers are associated with an economic renewal by creating or taking on activi ties as more or less innovative microprojects, and also, on a more general level, by con tributing to the development of a ’residential’ economy through enriching local linkag es. However valuable their contribution may be, new residents may bring fracture and instability to rural societies which are particularly sensitive to potentially rapid changes. These arrivals also raise new questions and trigger changes to rural life that may not be without problems and tensions, because of integration issues as well as new competi tions in rural areas (use conflicts, land pressure, political issues). Les nouveaux ruraux dans les campagnes au Québec et en France : impacts et défis. Numéro spécial : rédactrice invitée : Myriam Simard, INRS