Le tyran œdipisé La projection fantasmatique des désirs dans le rêve platonicien Aurélie DAMET ! Le fantasme est défini par le champ psychanalytique comme une production psychique imaginaire présentant la structure d’un scénario, au service de la réalisation d’un désir. Il peut s’agir soit d’une production consciente, d’une rêverie diurne, soit d’un rêve nocturne. Pour prendre forme, le fantasme a en effet besoin d’un système de projection et le rêve peut jouer ce rôle, tableau psychique où l’individu est à la fois acteur et metteur en scène de ses fantasmes. Le rêve, réalisation de désirs, et les fantasmes qui lui sont liés, ont été un objet fondamental d’études pour Sigmund Freud qui, dans son ouvrage l’Interprétation des rêves, a proposé une technique analytique des productions de l’inconscient dans les projections oniriques ainsi qu’une méthode de décryptage. Avant de présenter sa propre science, dans un chapitre préliminaire intitulé « La littérature sur le rêve », le psychanalyste revient d’abord sur ceux qui l’ont précédé. Parmi ses précurseurs de l’Antiquité, Sigmund Freud retient avant tout Aristote, qui a en effet produit un opuscule sur les rêves 1 , mais ne cite guère Platon, considérant globalement qu’ « avant Aristote les anciens ne considéraient pas le rêve comme une création de l’esprit du rêveur, mais comme une inspiration divine » 2 . Dans sa République, Platon a pourtant élaboré une réflexion complexe sur la fabrique du rêve et son ! ATER à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, elle a soutenu sa thèse en décembre 2009, sous la direction de Pauline Schmitt Pantel, La Septième Porte, Réalités et représentations des conflits familiaux dans l’Athènes classique. 1. ARISTOTE, De la divination dans le sommeil. 2. S. FREUD, L’Interprétation des rêves, Paris, 1967, p. 11-89, ici p. 13 (1 re éd. 1900).