POUTINE IV :
UNE VICTOIRE
À L’ARRACHÉ
Le 7 mai 2012, Vladimir Poutine
prête une nouvelle fois serment. Il est
au pouvoir depuis l’été 1999, quand
il prend la direction du gouverne-
ment à la demande de Boris Eltsine,
malade et impotent. Il marche donc
vers sa quatorzième année de règne.
Le 4 mars 2012, il s’est octroyé un
quatrième mandat à la tête de la Rus-
sie, cette fois-ci pour six années, et
non plus quatre ; la doublure Med-
vedev a de facto assuré son troisième
mandat de mai 2008 à mai 2012
1
.
Poutine voulait un nouveau
plébiscite : il a obtenu, à l’arraché,
une amère victoire en forme de
revanche sur les opposants et les
citoyens qui l’avaient mis en échec
en décembre 2011. Les élections
législatives du 4 décembre ont en
effet tourné au fiasco et provoqué un
scandale sans précédent. Pendant
des semaines, les grandes villes de
Russie ont connu des manifestations
de rue. Sur l’internet et dans
quelques médias influents, Vladimir
Poutine s’est trouvé confronté à une
contestation dure. Le 4 mars, il a
d’abord voulu imposer la pleine
défaite des autres candidats, pourtant
adoubés par lui. Puis il a sonné la fin
de la récréation, pour un temps.
Le refus du combat
démocratique
Comme en 2000, 2004 et 2008,
Vladimir Poutine a refusé une com-
pétition ouverte, honnête, à armes
égales. Il a ainsi renoncé à une vic-
toire franche et s’est privé, une nou-
velle fois, de la légitimité démocra-
tique. Pourquoi a-t-il préféré une
victoire contestable au premier tour
à une victoire plus modeste mais
honnête, soit au premier tour, avec un
peu plus de 50 % des voix, soit au
second, avec une confortable majorité
contre le communiste Guennadi
Ziouganov ? En effet, selon les son-
dages, il conserve le soutien d’envi-
ron la moitié de la population et, les
oppositions étant encore faibles et
mal organisées, il était certain de
gagner haut la main au second tour.
Cependant, l’important n’est pas
la victoire, prévisible dans un régime
autoritaire, mais une victoire absolue
et imposée d’en haut. Le recours aux
pressions, manipulations, et autres
violences politiques, permet de
refaire la preuve que le système
Poutine est tout-puissant. Ainsi, les
manipulations et le non-respect des
principes démocratiques font partie
de l’exercice du pouvoir et rem-
plissent une fonction de dissuasion et
de persuasion. Le but n’est pas une
victoire légitime mais le pouvoir à
tout prix.
Il n’était donc pas question d’ac-
cepter l’humiliation d’un second tour,
surtout après la grande frayeur de
décembre 2011, quand le Kremlin a
senti souffler le vent de la rébellion.
Pour un homme qui ne respecte pas
le suffrage universel, conserver le
Journal
1.Voir, de Marie Mendras, la série d’ar-
ticles parus dans Esprit : « Poutine II. La fin des
apparences » (janvier 2004), « Le 2 décembre de
Vladimir Poutine : l’unanimisme en marche »
(avec D. Orechkine et J.-C. Lallemand, janvier
2008), « Poutine III. Comment les Russes ont dû
voter Medvedev pour conserver Poutine » (avec
J.-C. Lallemand, août/septembre 2008) et plus
récemment, « Poutine empêtré » (janvier 2012).
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