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Disponible en ligne sur
www.sciencedirect.com
Méthodologie de l’analyse
des soins sub-optimaux
Methodological approaches to study sub-optimal care
in children
E. Launay
1
, C. Gras-le Guen
1
, A. Martinot
2
, M.-H. Bouvier-Colle
3
, M. Chalumeau
3,4
*
1
Clinique médicale et service d’urgences pédiatriques, Hôpital Mère-Enfant, 8 quai Moncousu,
44000 Nantes, France
2
Unité d’urgences pédiatriques et de maladies infectieuses, Hôpital R. Salengro, CHU de Lille,
Université de Lille-2, 2, avenue Oscar-Lambret, 59037 Lille, France
3
Inserm U149, hôpital Saint-Vincent-de-Paul, 74, avenue Denfert-Rochereau, 75014 Paris, France
4
Service de pédiatrie générale, hôpital Saint-Vincent-de-Paul, AP–HP, Université Paris-Descartes,
74, avenue Denfert-Rochereau, 75014 Paris, France
Table ronde
Mots clés : Soins sub-optimaux,
Mortalité-morbidité, Audit clinique, Enquête
confidentielle avec comité d’experts
© 2009 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
Archives de Pédiatrie 2009;16:646-648
Décès évitables et soins sub-optimaux
en pédiatrie
L
es industries « à risque » comme l’aéronautique ou le
nucléaire civil ont développé depuis des décennies des
méthodes pour réduire les accidents dont les conséquences
sont souvent catastrophiques en termes de vies humaines. La prin-
cipale méthode utilisée est appelée AMDE (analyse des modes de
défaillance et de leurs effets) et se décompose en quatre grandes
étapes : recensement des défaillances, recherche des causes, étude
des effets et recensement des moyens de détection [1]. L’objectif de
cette méthode est de définir un plan d’action pour éviter à l’avenir
des accidents, tout en maintenant une analyse de l’impact des
actions menées pour les ajuster au fur et à mesure. La médecine
est une discipline où les défaillances peuvent aussi aboutir à des
catastrophes (en termes de décès ou de morbidité), comme dans
les industries « à risque ». Ainsi, un rapport de l’Institute of Medi-
cine publié en 2000 indiquait que les soins sub-optimaux étaient
entre la 3
e
et la 8
e
cause de mortalité aux USA et suggérait une
analyse systémique de ces soins sub-optimaux afin d’améliorer
l’état de santé global de la population [2]. Une telle entreprise
nécessite, comme pour l’industrie, une méthodologie adaptée aux
particularités de la discipline, ici médicale.
1. La nécessité de critères explicites
En 1996, Westerling et al. ont analysé 65 études des facteurs de
mortalité évitable dans différents domaines de la médecine et
ont souligné la disparité des méthodes utilisées pour évaluer
l’évitabilité des décès avec pour conséquence des difficultés d’in-
terprétation des résultats et/ou une impossibilité de comparaison
[3]. Ces difficultés ont abouti à une controverse sur les conclusions
du rapport de l’Institute of Medicine sur l’évitabilité des décès [4].
Ainsi la démarche d’évaluation des soins nécessite au préalable le
choix d’un référentiel de soins dits « optimaux ». Ceux-ci doivent
être fondés dans la mesure du possible sur le plus haut niveau de
preuve reconnu par les professionnels de santé établi à partir de
données récentes, validées, tenant compte de la réglementation
et selon des critères concrets et observables, ou à défaut sur un
accord professionnel [1].
2. Trois principaux types d’approche
Les démarches d’amélioration de la qualité des soins existent
dans tous les établissements de santé et souvent une approche
empirique est suffisante. Cependant, certains problèmes, notam-
ment liés à des exigences de qualité et de sécurité très élevées,
requièrent le recours à des méthodes structurées. Ces différentes
méthodes et outils d’amélioration de la qualité ont été décrits en
détail par l’ANAES puis l’HAS [1]. Nous présenterons très synthéti-
quement deux des principales méthodes utilisables couramment
dans le cadre de l’activité de soin (la revue de mortalité-morbidité
et l’audit clinique) et nous détaillerons celle correspondant plutôt
à une activité de recherche (l’enquête confidentielle).
2.1. Revue de mortalité-morbidité (RMM)
La RMM a pour objectif l’analyse, le plus souvent au sein d’un service,
de tous les décès et de certains accidents morbides pré-déterminés
ou non. L’analyse se fait avec l’ensemble des médecins du service
et éventuellement ceux d’autres équipes et des membres du per-
sonnel non médical. L’objectif est de « porter un regard critique sur
la façon dont le patient a été pris en charge, de s’interroger sur le
caractère évitable de l’événement et rechercher collectivement les
causes de la défaillance survenue lors de la prise en charge » [1]. En
pratique, chaque dossier de patient est présenté à la RMM après
qu’un membre de l’équipe en ait réalisé la synthèse. Le groupe doit
rechercher des actions d’amélioration de la qualité des soins afin
d’éviter que l’évènement indésirable ne se reproduise.
2.2. Audit clinique
L’audit clinique est une méthode d’évaluation des pratiques par
comparaison à des références admises. Sa principale caractéristique
est de mesurer les écarts entre la pratique observée et la pratique
attendue [1]. Bien que l’audit puisse être global et alors souvent mené
par des pairs extérieurs, il est recommandé de réaliser des audits sur
* Auteur correspondant.
e-mail : martin.chalumeau@svp.aphp.fr