Capacité d’apprentissage phonique et troubles du langage à étiologie cérébrale Véronique Delvaux, Kathy Huet, Myriam Piccaluga, Sébastien Henrard, Bernard Harmegnies Laboratoire des sciences de la parole de l’Académie Universitaire Wallonie-Bruxelles Université de Mons, Mons, Belgique Cette étude (à caractère exploratoire et méthodologique) s’articule à un projet consacré aux facteurs et capacités d’apprentissage phonétique. Elle se centre sur l’une des compétences phoniques déjà investiguées [1,2]: la maîtrise d’un VOT long par des francophones ne maîtrisant aucune langue où apparaît ce type de caractéristique. Son originalité est que nous visons ici à mettre nos paradigmes (initialement créés en vue de recherches fondamentales sur l’adulte sain), au service du diagnostic des troubles du langage à étiologie cérébrale (maladies dégénératives, accidents ischémiques, traumas….). Notre démarche se fonde sur une double argumentation. D’une part, la littérature suggère [3] que des particularités phoniques peuvent être détectées en présence de troubles de ce type. On a ainsi montré, chez des patients anglophones en L1 des déficits spécifiques liés aux aphasies de Broca vs. Wernicke [4]: dans les séquences NV, les aphasiques de Broca présentent des altérations importantes à la fois du timing, de la coordination inter-articulateurs et du contrôle laryngé, tandis que les aphasiques de Wernicke présentent uniquement un déficit ‘infra-clinique’ (non détectable perceptuellement par le clinicien, mais objectivable par analyse acoustique). Il convient cependant d’éviter les généralisations hâtives; ainsi, une étude sur des aphasiques francophones a échoué à mettre en lumière des différences significatives entre aphasies de Broca et Wernicke lors de la production de consonnes à VOT négatif vs. positif [5] – au contraire de ce qui a été montré pour l’anglais [6], le japonais [7] ou le thaï [8] –, et ce sans doute parce que l’implémentation phonétique du contraste de voisement pour les plosives françaises aboutit à deux catégories plus séparées que dans le cas des autres langues. D’autre part, si des manifestations plus ou moins saillantes sont ainsi observables dans des conditions de production proches de la parole ordinaire, il nous paraît sensé de supposer que, si le locuteur est incité à percevoir et produire en adoptant de nouveaux schèmes, d’autres observations pourraient être opérées : accroissement de la magnitude des phénomènes déjà avérés, apparition de phénomènes non favorisés par les structures de la langue maternelle, éléments plus généralement liés à la flexibilité des mécanismes cognitifs impliqués dans le traitement de la parole… Nos sujets relèvent de deux groupes : 1° pathologique (troubles d’étiologies diverses documentés par dossier médical, ainsi qu’un questionnaire d’histoire linguistique détaillé, avec exclusion des patients porteurs de déficits auditifs), 2° ordinaire (sujets sains, mais âgés: la prévalence des troubles visés est en effet spécialement importante parmi les personnes âgées et les effets du vieillissement normal sur les variables à l’étude sont mal connus). Les sujets ont été soumis à une tâche d’imitation de 5 pseudo-mots de forme C[t]V[a], dont le VOT varie par pas de 20 ms entre 20ms (typique du français) et 100 ms (VOT extra-long). L’analyse présentée ici repose sur les données issues de trois sujets de chacun des groupes ; elle vise à améliorer la validité et la fiabilité du protocole, dont l’application à des sujets de ce type constitue une première.