L année 2008 verra plusieurs rendez-vous importants quant àlavenir desretraites. Les cisions prises seront cruciales pour la mise en œuvre de la réforme de 2003. La France adoptera-t-elle une solution de consensus socialourestera-t-elle sur une stratégie choisie par le seul gou- vernement, sansréelle implication des partenairessociaux ? Cinq points devront être clarifiés : L allongement de la durée de cotisation requise de 40 à 41 ans doit être décidé en 2008 pour être appliqué de 2009 à 2012 au rythme d’un trimestre par an. Le gouvernement peut décider de repousser cette période. La loi prévoit aussi que soit revu le dispositif de retraites anticipées.Quel est le bilan des politiques visant à prolonger la durée d’activité des seniors ? Les négociations entre partenaires sociaux sur la prise en compte de la pénibilité n’ont toujours pas abouti. Leur abou- tissement faciliterait la négociation sur lallongement des carrres. Faut-il des dispositifs spécif iques pour les travailleurs ayant eu des conditions de travail difficiles ? La loi prévoit l’organisation d’une conférence tripartite pour décider d’une éventuelle revalorisation des pensions du régime général. L ’objectif d’un minimum contributif garanti de 85 % du SMIC net devrtre réexaminé. Le gouvernement s’est engagé à revaloriser le minimum vieillesse. Plus généra- lement,cest lévolution des pensions parrapport aux salaires qu’il faudra discuter . Faut-il maintenir la perspective d’une baisse tendancielle des pensions parrapport aux salaires ? Parallèlement, la négociation dans lesrégimes complé- mentaires devrait fixer les évolutions des prestations dans les cinq années à venir. La baisse tendancielle du rendement des régimes complémentaires sera-t-elle prolongée ? Enfin, il f audra f aire un bilan de la situation financière des régimes. Le financement du système de retraiteest-il assuré? L’emploi des seniors La réforme de 2003 a choisid’équilibrer le système des retraitespar le report progressif de lâge de départ à la retraite,cecipar l’allongement de la durée de cotisation requise pour avoir droit à une retraite à taux plein. Le choix inverse, augmenter lestaux de cotisation, na pas été porté avec suffisamment de forcepar les syndicats et les salariés. C’est le choix faitpartout en Europe. Ilparaît difficile de le remettre en cause. P our maintenir constant le rapport entre la durée de la retraite et celle de l’activité, l’allongement de l’espérance de vie conduirait, pour un âge moyen de départ de 60 ans pour Lettre de l’ 297 RETRAITES, LES RENDEZ-VOUS DE 2008 Gérard CORNILLEAU et Henri STERDYNIAK Edité par les Presses de Sciences Po 44 rue du F our 75006 Paris Abonnements :T el : 01 44 39 39 60 Fax : 01 45 48 04 41 Observatoire français des conjonctures économiques 69quai d’Orsay75340 Paris cedex 07 T el : 01 44 18 54 00 Fax : 01 45 56 06 15 www .ofce.sciences-po.fr Centre de recherche en économie de SciencesPo V endredi 11 avril 2008 la génération 1943un âge moyen de 61 ans pour la géné- ration 1958 etun peu plus de 62 ans pour la génération 1968. L allongement progressif, entre 2009et 201241 ans de cotisations de la durée requise pour obtenirune retraite à taux plein, préconisée par laCommission de garantie des retraites de fin 2007,est approximativement conforme à cet objectif 1 . La stabilisation du ratio durée de retraite sur durée dacti vité permet à long terme la stabilisation dutaux de coti- sation déquilibre desrégimes de retraite pour un taux de remplacement donné etsous lhypotse de la stabilité de la population. P our 2008, deux points de vue peuvent s’opposer . La logique de la réforme de 2003 impliquequelallongement de la durée dacti vité soit mis en œuvredès 2009, sinon sacrédi- bilité sera entamée. Par contre, les syndicats peuvent faire valoir àjuste titrequelaFrance reste encore trop éloignée du plein emploi, que lestaux dacti vité desseniors ne sont pas encoreen hausse sensible et que le changement de mentalité des entreprises na pas eu lieu. Quelle que soit la cision prise, impulser la mobilisation sociale pour lemploi des seniors est urgent. L allongement de la durée de cotisation requisena de sens que si, effecti vement, la durée dacti vité s’allonge. Sinon, de nombreux seniors se retrouveraientsans emploi et devraient arbitrer entre une retraiteprécoce avec un bastaux de rem- placement ouune longue période de pauvreté aveccomme seule ressource une allocation de chômeur en fin de droits, avant davoir droit à une retraittaux plein. Réussir à allonger la durée dacti vité suppose trois préalables : le retour au plein emploi, un changement de mentalité des entreprises pour qu’elles acceptent demployer lesseniors, la prise en compte de la pénibilité de certaines acti vités. Se rapprocher du plein emploi est unpréalable à lallon- gement de la durée dacti vité desseniors. Le chômage de masse conduit systématiquement à un arbitrage défavorable à lemploi desseniors :ceux-ci se voient proposer (ou imposer) des départs anticipés qui permettent de stabiliser le plus 1. Conformément à la loi de 2003, la Commission de garantie des retraites a calculé lallongement de la durée dacti vité qui stabilise le ratio entrelesrance de vie à 60 ans et la durée théoriquedacti vité (40 ans jusqu’en 2008puis progressi vement 41 ans en 2012). En réalité le décalage de lâge moyen de début dacti vité conduira progressi vement à un décalage de lâge moyen du départ en retraite. Il faudrait en tenir compte pour estimer lesrance de vie en retraite. Mais jusqu’en 2012 on devrait, pour la moyenne de la population, rester auvoisinage d’un âge de départ possible à 60 ans aprèsune période dacti vité comprise entre40 et 41 ans. Par la suite, le décalage de lâge du but dacti vité aura uneffet plus important dont il conviendra de tenir compte.