L’Encéphale, 2005 ; 31 : 235-46 235 MÉDICO-ÉCONOMIE Analyse coût-efficacité des stratégies de prise en charge des patients schizophrènes : place d’un antipsychotique atypique sous forme injectable à libération prolongée P.M. LLORCA (1) , H. MIADI-FARGIER (2) , C. LANÇON (4) , G. JASSO MOSQUEDA (2) , F. CASADEBAIG (5) , A. PHILIPPE (5) , P. GUILLON (6) , A. MEHNERT (7) , L.F. OMNÈS (2), A. CHICOYE (2) , I. DURAND-ZALESKI (3) (1) Service de Psychiatrie, CHU, Clermont-Ferrand, France. (2) AREMIS, 10, rue Beffroy, 92200 Neuilly-sur-Seine, France. (3) Hôpital Henri-Mondor, Paris, France. (4) SHU de Psychiatrie d’Adultes, CHU Sainte-Marguerite, Marseille, France. (5) INSERM U.513, Faculté de Médecine, Créteil, France. (6) Laboratoires Janssen-Cilag, Issy-les-Moulineaux, France. (7) Janssen Pharmaceutica NV, Beerse, Belgium. Travail reçu le 10 mars 2004 et accepté le 10 août 2004. Tirés à part : P.M. Llorca (à l’adresse ci-dessus). Résumé. La schizophrénie est une maladie chronique qui nécessite un traitement au long cours. La continuité du trai- tement est un élément clé de la prise en charge permettant une réduction du nombre de rechutes et du nombre de ré- hospitalisations. Les antipsychotiques atypiques administrés quotidiennement permettent un gain de tolérance, d’efficacité et une amélioration de l’observance par rapport aux neuro- leptiques conventionnels. Objectifs – L’objectif de cette étude médico-économique est d’évaluer si le bénéfice clinique attendu de rispéridone injectable à libération prolongée (LP), selon une hypothèse de prix, s’accompagne ou non d’un sur- coût pour l’assurance maladie. La rispéridone injectable LP a été comparée à l’olanzapine et à l’halopéridol décanoate. Méthode – Une modélisation pharmaco-économique de type coût-efficacité comparant ces 3 alternatives thérapeutiques, pendant 2 ans, a été réalisée. L’hypothèse principale est qu’une amélioration de l’observance grâce à une forme injec- table à libération prolongée entraîne une augmentation de l’efficacité. La perspective adoptée est celle de l’assurance maladie. Les probabilités de transition et les coûts estimés ont été déterminés à l’aide de données publiées et d’avis d’experts. Seuls les coûts directs ont été pris en compte. Le critère d’efficacité retenu est le taux de patients traités avec succès, celui-ci étant défini comme le maintien du traitement pendant 2 ans. Résultats – Parmi les patients traités par ris- péridone injectable à LP, 82,7 % sont toujours traités avec succès à 2 ans 74,80 % et 57,3 % respectivement pour olan- zapine et halopéridol décanoate. Le coût direct par patient traité pendant 2 ans avec rispéridone injectable LP est de 14 055 . Ce coût est de 14 351 avec olanzapine et de 17 203 avec halopéridol décanoate. Conclusion – Les résultats observés dans cette modélisation montrent que le traitement par un antipsychotique atypique sous forme injec- table à libération prolongée permet une meilleure continuité du traitement, réduit les rechutes, le niveau des ressources consommées et par conséquent permet une diminution des coûts. Mots clés : Antipsychotiques ; Arbre de décision ; Coût-efficacité ; Schizophrénie. Cost-effectiveness analysis of schizophrenic patient care settings : impact of an atypical antipsychotic under long-acting injection formulation Summary. Schizophrenia is a disease affecting the young adults and amounts to approximately 300 000 people in France (12). The French public psychiatric sector takes care of approximately 150 000 adults schizophrenics : 50 % bene- fit from ambulatory care, 50 % are in partial or full-time hos- pitalization care. Schizophrenia represents the first diagnosis that psychiatric sectors take in charge (4). The costs asso- ciated with schizophrenia, mainly hospital costs, are impor- tant and were estimated at 2 % of the total medical costs in France (5). In the French social welfare system, the social costs (pensions, allowances, managements of custody or guardianship by social workers) are also to be taken into account : it amounts to a third of the global direct cost. Schizo- phrenia also generates indirect costs (losses of productivity and premature deaths) which would be at least equal, or even more important, than direct medical costs (11, 19). The non- compliance to the antipsychotic treatment is a major problem with people suffering from schizophrenia. Indeed the lack of compliance to the treatment, estimated at 20 to 40 % (14), is a major handicap for schizophrenic patient stabilization. The poor level of compliance is due to many various causes :