1991 EN TCHÉTCHÉNIE REGARDS SUR UN BASCULEMENT, VINGT ANS APRÈS AUDE MERLIN Chargée de cours en science politique à l’Université libre de Bruxelles, membre du CEVIPOL (amerlin@ulb.ac.be) Revue d’études comparatives Est-Ouest, 2011, vol. 42, n° 3, pp. 189-214 RÉSUMÉ : La mémoire de l’année 1991 en Tchétchénie a généralement été éclip- sée par le souvenir et l’ampleur des violences subies à partir de 1994. Pourtant, 1991 représente un laboratoire stimulant pour analyser des convulsions de la fin de l’URSS et du souvenir qui en est resté. Aucune interprétation simple ne peut en être donnée, dans la mesure où la Tchétchénie connaît à cette période des soubresauts liés à l’accélération des mobilisations anti-soviétiques, qui trouvent leur paroxysme au moment du putsch à Moscou, et des tensions liées au désir de libération natio- nale qu’expriment les indépendantistes tchétchènes. La volte-face de Moscou, après un soutien par l’équipe eltsinienne de la « révolution tchétchène », reflète les dif- ficultés de la Russie à gérer la question post-impériale dans ce moment crucial. Des témoignages recueillis en 2011 montrent la complexité mémorielle relative à cette période et permettent de donner un éclairage nouveau à ces événements. MOTS-CLÉS : Russie, Tchétchénie, 1991, mobilisations, putsch, « révolution tchétchène »