À propos de la genèse de Pandora. Quelques remarques 25 janvier 2008 Dominique Casajus Centre d’études des mondes africains (CNRS) Les nervaliens ont une inextinguible dette de reconnaissance envers le Père Jean Guillaume (1918-2001). Outre des travaux philologiques délicats et précieux dont une partie a été rassemblée en 1998 (Jean Guillaume, Philologie et exégèse. Trente-cinq années d’études nervaliennes, Éditions Peeters – Société des études classiques, Louvain – Namur, 1998), on lui doit d’avoir rendu son véritable visage à l’un des textes les plus énigmatiques du corpus nervalien. L’affaire est connue. À l’automne 1853, Nerval avait envisagé la publication d’une nouvelle dont le titre était alors la Pandora (ou peut-être Suite des Amours de Vienne, ou bien encore Amours de Vienne. Pandora) ; elle devait d’abord paraître dans le journal Paris, puis être intégrée au recueil Les Filles du Feu qu’il était en train d’achever. Le journal Paris disparut en décembre 1853 sans avoir rien publié de tel, et quand Les Filles du Feu parut au début de 1854, la Pandora n’y figurait pas. Le 30 octobre 1854, Le Mousquetaire d’Alexandre Dumas fit paraître le début de la nouvelle, dont le titre était devenu Pandora. Nerval disparut dans la nuit noire et blanche du 25 au 26 janvier 1855, et Le Mousquetaire ne publia jamais la suite de Pandora. En 1921, deux versions d’un texte qui se donnait comme la suite de Pandora paraissaient simultanément. La première était due à Pierre Audiat (qui publiait sous le pseudonyme de Pierre Fontrailles), la seconde à Aristide Marie. Aucun de ces textes, établis à partir de documents manuscrits dont les deux éditeurs semblaient s’être échangé des copies, ne donnait une suite satisfaisante à l’article paru le 31 octobre 1854 dans Le Mousquetaire. Aussi bien chez Aristide Marie que chez Pierre Audiat alias Pierre Fontrailles, la nouvelle comportait une lacune qui la rendait incompréhensible. Les choses en étaient à ce point lorsque, en 1968, le Père Guillaume reprit l’étude des manuscrits Marie et Audiat. Le manuscrit Marie se composait de 11 fragments, le manuscrit Audiat de 8 fragments (on parlera ici de « Marie 1 », « Marie 2 », « Marie 3 »…, « Audiat 1 », « Audiat 2 », etc.). Les fragments Audiat 1, Audiat 2 et Audiat 8 avaient disparu depuis 1921, mais le savant philologue avait pu en reconstituer la teneur à partir de copies faites à l’époque par Pierre Audiat. Et il fit cette découverte merveilleuse : les fragments Marie 5, Marie 11 et Marie 10 r°, placés dans cet ordre, comblent la lacune entre le texte publié par Le Mousquetaire en octobre 1854, et la « suite » publiée en 1921 par Marie et Audiat (voir Gérard de Nerval, Pandora , édition critique par Jean Guillaume, Presses Universitaires de Namur, 1976 [1968]). Le Père Guillaume affina par la suite sa découverte, et parvint même à rétablir une version plausible du texte que Nerval avait envisagé de publier en 1853 ou janvier 1854 sous le titre la Pandora. Nouvelle découverte en 2005. Michel Brix et Jacques Clémens publiaient en effet « un lot de papiers venus de plusieurs familles de négociants bordelais » (Michel Brix et Jacques Clémens, Genèse de « Pandora ». Le manuscrit de l’édition de 1854, Presses universitaires de Namur, 2005 : 7). Ce lot de papiers, qu’ils appellent « manuscrit Clémens », apparaît tout bonnement comme le manuscrit du texte publié par Le Mousquetaire le 31 octobre 1854. Ce manuscrit Clémens se présente comme une série de 14 fragments (on dira « Clémens 1 » halshs-00322433, version 1 - 17 Sep 2008