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Devenir neurodéveloppemental
des cardiopathies congénitales
J. Calderon
a,b,
*, D. Bonnet
b
, I. Jambaqué
a
, N. Angeard
a
a
Groupe Neuropsychologie du Développement, U663 Inserm, Université Paris-Descartes.
b
Centre de Référence Malformations Cardiaques Congénitales Complexes-M3C, Université
Paris-Descartes, Hôpital Necker Enfants Malades AP-HP, Paris.
Table ronde
© 2011 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
Archives de Pédiatrie 2011;18:144-145
La cardiologie périnatale (GENIF)
* Auteur correspondant.
e-mail : johanna.calderon@parisdescartes.fr
L
es progrès considérables dans le diagnostic et la prise en
charge médicale et chirurgicale des enfants ayant des
cardiopathies congénitales ont permis d’augmenter signi-
ficativement leur survie et d’améliorer leur pronostic cardiaque.
Néanmoins, les difficultés neurodéveloppementales constituent
une des principales morbidités résiduelles pour un grand nombre
de ces patients. Les nouveau-nés ayant des cardiopathies congé-
nitales nécessitant une ou plusieurs interventions à cœur ouvert
ont un risque de lésions cérébrales qui peuvent avoir des réper-
cussions sur leur développement ultérieur. De récentes études en
IRM ont mis en évidence des lésions ischémiques de la substance
blanche, notamment sous la forme de leucomalacie périventri-
culaire modérée, chez plus de 40 % des nouveau-nés ayant une
cardiopathie congénitale cyanogène (transposition des gros
vaisseaux et hypoplasie du cœur gauche en particulier), et ce en
période préopératoire et postopératoire [1,2]. L’étiologie de ces
anomalies neurologiques ainsi que leurs conséquences seraient
multifactorielles, faites d’une interaction complexe entre des fac-
teurs de risque liés au patient (conditions préopératoires, type de
malformation et syndromes génétiques associés) et des facteurs
liés à la prise en charge médicale (facteurs intra-opératoires) [3].
Le profil neurodéveloppemental des enfants ayant des cardiopa-
thies congénitales peut varier selon le caractère cyanogène ou non
cyanogène de la pathologie cardiaque, mais aussi selon le type de
malformation et sa complexité (transposition des gros vaisseaux
(TGV), hypoplasie du cœur gauche, tétralogie de Fallot). L’examen
neurologique précoce de nouveau-nés ayant des malformations
cyanogènes montre une prévalence élevée (entre 30 % et 40 % selon
les études) d’anomalies neurologiques telles qu’une microcéphalie
et une hypotonie en pré et postopératoire [2,3]. Ces anomalies
neurologiques persistent à l’âge de 1 an et s’accompagnent de
retard du développement psychomoteur et cognitif chez 40 % des
enfants environ [4]. De plus, ces dysfonctionnements semblent
être plus fréquents et surtout plus sévères chez les enfants qui ont
eu des interventions palliatives (hypoplasie du cœur gauche) par
rapport aux enfants ayant bénéficié d’une chirurgie réparatrice
de leur malformation (transposition des gros vaisseaux). En effet,
le pronostic neurodéveloppemental à l’âge préscolaire et scolaire
chez les patients ayant une hypoplasie du cœur gauche se caracté-
rise par des déficits moteurs importants (entre 2 et 3 écarts-types
en dessous de la norme) ainsi qu’un retard intellectuel (QI inférieur
à 75) pour près de 20 % des enfants [5].
Les enfants ayant une TGV réparée ont un meilleur pronostic
neurodéveloppemental avec toutefois des déficits marqués dans
certains domaines cognitifs [6]. Malgré un excellent résultat
cardiaque après le switch artériel, une absence de syndrome
génétique associé et des capacités intellectuelles tout à fait dans
la norme, les enfants ayant une TGV peuvent avoir des difficultés
neuropsychologiques spécifiques. Les domaines affectés concer-
nent principalement le langage expressif (difficultés oro-motrices
et du langage pragmatique), les capacités visuo-spatiales, l’atten-
tion et les fonctions exécutives (difficultés de contrôle moteur
et cognitif), les troubles du comportement (hyperactivité), ainsi
qu’une mise en place tardive de la cognition sociale (théories de
l’esprit) [7,8]. Les déficits dans ces domaines sont généralement
qualifiés de légers à modérés, mais semblent avoir des répercus-
sions concrètes sur la vie scolaire et sociale des enfants : entre 30 %
et 40 % des enfants ont recours à des aides paramédicales pour
pallier ces difficultés (orthophonie, psychologie, psychomotricité).
Par ailleurs, le pronostic neurodéveloppemental des enfants ayant
une tétralogie de Fallot, sans syndrome génétique associé, est
similaire à celui de la TGV [9]. Ainsi, les malformations cardiaques
cyanogènes, indépendamment de la technique chirurgicale
employée (by-pass à flux bas ou continu) ont une vulnérabilité
neurodéveloppementale plus importante que les malformations
non cyanogènes. Ces dernières ont un profil neurocognitif normal
avant et après l’opération, à l’exception des fonctions exécutives
qui semblent altérées uniquement en postopératoire [10].
Quant aux facteurs prédictifs des déficits, il s’agit principalement de
ceux liés au patient lui-même [4], comme l’acidose préopératoire,
un faible poids à la naissance, le degré d’hypoxémie préopératoire,
l’association à un syndrome génétique, la durée d’hospitalisation
en soins intensifs et le diagnostic post-natal de la malformation. Les
facteurs de risque intra-opératoires ne semblent pas avoir d’effet
délétère sur les fonctions neurocognitives à long terme. Il reste
néanmoins à déterminer l’évolution des anomalies cérébrales repé-
rées en période néonatale et leurs éventuelles répercussions cogni-
tives et comportementales à long terme. De même, le pronostic
neurodéveloppemental détaillé des patients avec des cardiopathies
congénitales à l’adolescence et à l’âge adulte demeure inconnu. Il
est indispensable d’entreprendre et de poursuivre des recherches
longitudinales et pluridisciplinaires afin de déterminer, avec un peu
plus de précision, la trajectoire développementale des capacités
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