Au-delà de l’aneuploïdie : pour une approche canadienne moderne en matière de dépistage prénatal Emmanuel Bujold, MD, MSc; 1 Nan Okun, MD; 2 Jo-Ann Johnson, MD; 3 Francois Audibert, MD, MSc 4 1 Département d’obstétrique et de gynécologie, Faculté de médecine, CHU de Québec - Université Laval, Québec (Qc) 2 Département d’obstétrique et de gynécologie, Faculté de médecine, Mount Sinai Hospital, University of Toronto, Toronto (Ont.) 3 Département d’obstétrique et de gynécologie, Cummings School of Medicine, University of Calgary, Calgary (Alb.) 4 Département d’obstétrique et de gynécologie, Faculté de médecine, CHU Sainte-Justine Université de Montréal, Montréal (Qc) A u Canada, les soins normalement offerts aux femmes enceintes comprennent le dépistage prénatal des tri- somies les plus courantes (21, 18, 13) reposant sur diverses combinaisons de marqueurs biochimiques et échographiques. L’arrivée récente du dépistage au moyen de l’ADN acellulaire (ADNa), une technique d’une grande précision, a toutefois eu un effet majeur sur les paradigmes de dépistage traditionnels. Ce test force plus particulièrement la réévaluation du rôle que jouent les éléments biochimiques et l’échographie, dont la mesure de la clarté nucale (CN), dans les protocoles de dépistage traditionnels. Cependant, le dépistage au moyen de l’ADNa ne détecte actuellement que les trisomies, qui touchent environ un fœtus sur 500 et moins d’une naissance vivante sur 2 000, tandis que l’échographie du premier trimestre comprenant la mesure de la CN permet de détecter les aneuploïdies et les anomalies structurelles, et fournit des renseignements supplémentaires qui peuvent servir à améliorer les soins prénataux et l’issue d’une grossesse. Ainsi, le dépistage au moyen de l’ADNa ne devrait pas être considéré comme un remplacement de l’échographie du premier trimestre, mais plutôt comme un test de dépistage complémentaire dont la valeur relative doit être prise en compte dans l’amélioration concomitante du dépistage de troubles aussi graves et sans doute plus prévalents (anomalies structurelles, prééclampsie et naissance prématurée). Nous demandons une approche canadienne moderne en matière de dépistage prénatal qui comprendrait des stratégies améliorant la détection des aneuploïdies, mais qui offrirait également l’occasion d’améliorer la santé maternelle et infantile. Nous demandons que soit envisagée la mise en place d’une « pyramide de soins inversée » intégrant la détection précoce des trisomies fœtales accompagnées d’anomalies structurelles les plus courantes et la prédiction et la prévention précoces des issues indésirables majeures de la grossesse 1 . PRÉÉCLAMPSIE La prééclampsie (PE) touche de 3 % à 5 % des femmes enceintes au Canada. Elle est associée à une morbidité importante et parfois à la mortalité chez les femmes et les bébés, et est une grande cause d’accouchement prématuré. Elle est également couramment associée au retard de croissance fœtal, qui a des répercussions sur le développement de l’enfant et l’apparition de certaines maladies propres à l’âge adulte. Même si la prééclampsie se résorbe après l’accouchement, elle n’est pas sans conséquence sur la future santé cardiovasculaire de la mère : elle quadruple le risque d’insuffisance cardiaque et double le risque de décès d’origine cardiovasculaire 2 . Ces constatations viennent rappeler l’importance de reconnaître les femmes à risque élevé et de mettre en place des mesures préventives. D’importants progrès ont façonné le dépistage et la prévention de la prééclampsie au Canada. La combinaison des caractéristiques maternelles, des marqueurs Conflict of interest: The authors disclosed no conflict of interest. E. Bujold J Obstet Gynaecol Can 2018;40(3):276–278 https://doi.org/10.1016/j.jogc.2018.01.013 Copyright © 2018 Published by Elsevier Inc. on behalf of The Society of Obstetricians and Gynaecologists of Canada/La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada ÉDITORIAL INVITÉ 276 • MARCH JOGC MARS 2018