J.Y. DOURMAD INRA Saint-Gifles Station de Recherches Porcine, j 35590 L’Hertà1age Ingestion spontanée d’aliment chez la truie en lactation : de nombreux facteurs de variation Les besoins nutritionnels de la truie en lactation sont particulièrement élevés, aussi le niveau d’ingestion spontané d’aliment est-il généralement insuffisant pour en assurer la couverture. L’étude des différents facteurs de variation de la consommation spontanée doit permettre d’optimiser les quantités d’aliment ingérées par la truie en lactation et ainsi de couvrir le mieux possible les besoins. Les besoins nutritionnels de la truie en lactation sont d’autant plus importants que le niveau de production laitière et, par conséquent, la croissance de la portée sont élevés. Ainsi, une truie de 180 kg produisant en moyenne 8 kg de lait par jour devra consommer quoti- diennement, pour couvrir ses besoins en énergie, plus de 6 kg d’un aliment contenant 3 100 kcal d’énergie digestible (ED) par kg. L’ingestion alimentaire sponta- née en lactation permet de satisfaire ces besoins seule- ment chez les truies faibles productrices, les autres étant systématiquement en déficit énergétique. Lorsque les réserves corporelles de la truie sont suffisantes, ce déficit n’entraîne pas de réduction de la production laitière, ni de la croissance des porcelets (Noblet et Etienne 1987). Par contre, si cette situation se reproduit pendant plu- sieurs cycles successifs, on observe un effet négatif sur la production de lait et une réduction de la croissance des porcelets (O’Grady et al 1973) . Dans tous les cas, ce déficit s’accompagne d’une mobilisation importante des réserves adipeuses et musculaires (Duée et Desmou- lin 1982, Noblet et Etienne 1987) qui peut affecter les performances de reproduction à moyen et à long terme, en particulier l’intervalle sevrage-oestrus (Reese et al 1984, King et Williams 1984). Aussi une alimentation à volonté des truies allaitant plus de dix porcelets est-elle généralement recomman- dée (INRA 1984) afin de minimiser les variations de l’état des réserves corporelles au cours des cycles suc- cessifs. Cette revue bibliographique a pour objectif de présenter les différents facteurs liés à l’animal, à l’ali- ment ou aux conditions d’élevage qui peuvent influen- cer le niveau d’ingestion spontanée chez la truie en lactation. 1 / Facteurs liés à l’animal 1. 1 / Stade de la lactation La capacité d’ingestion de la truie augmente au fur et à mesure de l’avancement de la lactation (figure 1, NRC 1987), les variations étant surtout importantes au cours de la première semaine. Par la suite, l’ingestion alimentaire se stabilise à un niveau maximum qui sem- ble se maintenir au moins jusqu’à la quatrième semaine de lactation. En raison du faible nombre de résultats dis- ponibles, il est difficile de préciser l’évolution ultérieure de la consommation pour des lactations plus longues. Laugmentation de l’ingestion spontanée avec le stade de lactation est similaire à l’évolution de la production laitière, dont le maximum est atteint au cours de la troi- sième semaine. Ceci semble montrer une influence pos- sible du niveau de production sur le niveau de consommation. Résumé _ Chez la truie allaitante, le niveau spontané d’ingestion alimentaire est généralement trop faible pour couvrir les besoins nutritionnels élevés liés à la production de lait. Ceci se tra- duit par une mobilisation des réserves corporelles qui est néfaste aux performances de repro- duction ultérieures. L’analyse de la bibliographie montre que de nombreux facteurs peuvent affecter le niveau de consommation en lactation. Il augmente avec le stade de lactation, le numéro de portée et la taille de la portée. L’élévation de la teneur en énergie du régime entraîne une diminu- tion de la quantité consommée, mais malgré cela l’ingéré énergétique est supérieur. D’autre part, lorsque la teneur en protéines est inférieure à 12 %, la quantité consommée diminue. L’augmentation des apports alimentaires en gestation entraîne une réduction de l’appétit en lactation, ce résultat étant à rapprocher de l’effet négatif d’un état d’engraissement trop élevé à la mise-bas. Enfin, les températures ambiantes élevées en maternité se traduisent par une réduction importante de la consommation. Ces différents effets peuvent se cumu- ler. Aussi certains animaux sont particulièrement prédisposés à des problèmes de sous- consommation en lactation, par exemple les truies primipares mettant bas en été et ayant reçu une alimentation libérale au cours de la gestation précédente.