M/S n° 11, vol. 23, novembre 2007 MEDECINE/SCIENCES 2007 ; 23 : 957-60 957 SYNTHÈSE REVUES Faculté de pharmacie, Université de Montréal, Montréal, Québec, Canada. Centre de recherche, CHU Sainte-Justine, 3175, Côte-Sainte-Catherine, Montréal, Québec, H3T 1C5 Canada. anick.berard@umontreal.ca Antidépresseurs et grossesse Risques et bénéfices pour la mère et l’enfant Anick Bérard, Élodie Ramos La santé mentale, la grossesse et les antidépresseurs Les troubles psychiatriques ne sont pas rares dans la population générale, ils affectent notamment une pro- portion non négligeable des femmes en âge de procréer. En effet, la dépression est une maladie qui touche fré- quemment les jeunes femmes : les taux de prévalence s’échelonnent entre 10 % et 25 % [1]. Ce pourcentage égalerait 14 % pendant la grossesse [2]. Pourtant, la grossesse a longtemps été considérée comme étant une période de la vie capable de protéger les femmes contre les troubles cyclothymiques en raison de la sensation de bien-être qu’elle peut, semble-t-il, leur procurer. Sachant qu’environ 50 % des grossesses ne sont pas planifiées [3], et connaissant la forte prévalence des troubles psychiatriques pendant la grossesse, l’effet de l’utilisation des antidépresseurs pendant la période de gestation est ainsi d’actualité. Le centre d’informations sur les tératogènes « Info-médicaments en allaitement et grossesse » (IMAGe) basé au CHU Sainte-Justine (Montréal, Québec, Canada) a confirmé tout récemment l’intérêt que manifestent notamment les professionnels de la santé à l’égard de l’emploi ou non des antidépres- seurs. On note, en effet, que 18 % des appels reçus ont un lien direct avec l’utilisation des antidépresseurs durant la grossesse [4]. Tendances d’utilisation des antidépresseurs pendant la grossesse Essentiellement pour des raisons éthiques, les données d’efficacité et d’innocuité concernant l’utilisation des antidépresseurs pendant la période de gestation sont rares puisque peu d’essais cliniques sont réalisés chez les femmes enceintes. Leur usage pendant la grossesse va donc généralement rester sujet à controverses. Un rapport national sur la santé mentale publié récem- ment aux États-Unis [5] renforce cette idée. Il met en évidence le fait que les médecins prescrivent une poso- logie en dessous de la normale ou arrêtent les médica- ments servant à traiter les états psychiatriques pendant la grossesse, tels que les antidépresseurs, de peur du potentiel tératogène auquel avait pu être associé par le passé l’usage de certains autres médicaments. Cependant, pour être capable d’évaluer l’augmenta- tion de malformations congénitales supposées être la conséquence d’une agression extérieure (médicamen- teuse ou toxique) en cours de grossesse, on doit tout d’abord en connaître la fréquence dans la population générale. Globalement, il a déjà été établi qu’entre 1,5 % et 3 % des enfants [6] naissent avec une malfor- mation congénitale qualifiée de mineure ou majeure. Dans approximativement 70 % des cas, l’étiologie de ces malformations serait inconnue et les causes médi- camenteuses ou encore toxiques ne représenteraient que 4 à 5 % de ces cas. Il serait donc erroné d’attribuer l’entière responsabilité des malformations congénitales observées dans la population, aux médicaments. > Au cours de la grossesse, l’utilisation d’antidépresseurs reste très controversée. L’instauration, le maintien ou l’arrêt d’un nouveau traitement reste une décision diffi- cile à prendre. Il est alors important d’avoir connaissance des dernières données proban- tes concernant les risques et bénéfices asso- ciés à l’usage des antidépresseurs pendant la période de gestation afin d’établir le meilleur choix possible pour la santé de la mère et de son enfant. < Article disponible sur le site http://www.medecinesciences.org ou http://dx.doi.org/10.1051/medsci/20072311957