174 D ans les régimes démocratiques, les partis politiques sont la cible des critiques les plus contradictoires : ils sont tantôt accusés de confisquer tous les pou- voirs (on parle alors de « régime des partis », voire de « par- titocratie »), tantôt au contraire d’abdiquer devant « les puissances de l’argent », les « lobbies », « la haute adminis- tration », « les médias »… De quel(s) pouvoir(s) disposent-ils réellement ? Observateur avisé de la politique de son temps, le grand sociologue allemand Max Weber considérait l’essor des partis politiques comme la conséquence inéluctable du développement du suffrage universel. Pour lui, l’ampleur des moyens de persuasion à mettre en œuvre pour mobiliser des millions d’électeurs devait conduire à la disparition des « notables » et à leur remplacement par des organisations de professionnels de la politique. Tout comme le capitalisme avait entraîné la disparition de l’artisanat et l’émergence de grandes entreprises, la démocratisation devait conduire à la disparition des « notables » et au triomphe de puissants partis de masses bureaucratisés 1 . Dans quelle mesure cette prophétie s’est-elle réalisée ? Les partis ont-ils gagné ou perdu du pouvoir par rap- port à la période, la première moitié du XX e siècle, où ils se sont imposés comme la forme dominante d’expression des volontés politiques ? Avant de répondre à cette question, il faut rappeler, qu’en toute rigueur sociologique, les partis, pas plus que le patro- nat ou l’Église catholique ou n’importe quelle institution ou individu, ne possèdent du pouvoir comme on posséderait une voiture ou une maison. Les sciences sociales ont solidement 1- M. Weber, Le Savant et le Politique, Plon, 1959 (éd. originale 1920). FREDERIC SAWICKI LES PARTIS POLITIQUES ONT-ILS (ENCORE) DU POUVOIR ?