des cas chez l’insuffisant rénal chronique, comme notre malade, et seraient favorisées par des facteurs associés, tels que l’hypo- volémie avec hyperréninémie réactionnelle, les troubles de la coagulation et de l’hémostase ou les traitements immunosuppres- seurs. Depuis 2001, l’administration de KayexalateT dilué dans du sorbitol est considérée comme une contre-indication relative chez l’insuffisant rénal chronique dans le dictionnaire VidalT. Cliniquement, les lésions coliques, comme notre observation, sont les plus fréquemment rapportées : il s’agit de complications graves à type d’ulcérations coliques étendues ou de nécrose pariétale parfois transmurale. Une évolution péjorative avec décès des malades a été rapportée dans 56 % des cas [1]. Chez notre malade insuffisant rénal, trois diagnostics différentiels de colites aiguës ulcérées ou nécrosantes doivent être discutés : une origine ischémique, une infection à cytomégalovirus ou une infection à Clostridium difficile [1]. Nous n’avions pas, sur les biopsies coliques, d’argument histologique en faveur d’une de ces trois causes. Nous n’avons pas observé chez notre malade décédé d’un trouble du rythme d’argument histologique en faveur d’une colite ischémique. Notamment, il n’y avait pas de nécrose de coagulation de la muqueuse colique, d’atrophie glandulaire, de diminution de la mucosécrétion, de fibrose ou de thrombus. L’aspect endoscopique n’évoquait ni une colite pseudo-membraneuse ni une origine ischémique. La tomodensi- tométrie abdomino-pelvienne ne montrait pas de lésion du tronc cœliaque et de l’artère mésentérique supérieure, et les parois digestives n’étaient pas épaissies. Les coprocultures n’ont pas retrouvé de germe à l’origine d’une colite infectieuse. La recherche de Clostridium difficile et de sa toxine, réalisée à plusieurs reprises, est restée négative. En conclusion, nous rapportons un cas rare d’ulcération colique avec présence de cristaux de KayexalateT chez un malade insuffisant rénal chronique. Cette observation est origi- nale, car elle fait état pour la première fois d’une ulcération colique dans le cas d’une administration prolongée de Kayexa- lateT sans sorbitol. En effet, dans notre observation, le Kayexa- lateT avait toujours été administré par sonde naso-gastrique dans une solution glucosée dépourvue de sorbitol. Les nécroses digestives rapportées jusqu’alors étaient dans tous les cas consécutives à l’administration conjointe de KayexalateT et de sorbitol (tableau I). Cette association est utilisée pour prévenir l’apparition de constipation ou de fécalome. La toxicité du sorbitol associé au KayexalateT, sur le côlon a été démontrée dans des modèles animaux de rats urémiques [3]. Muriel HOURSEAU (1), Christine LAGORCE-PAGES (1), Robert BENAMOUZIG (2), Olivier TUIL (3), Marie-Adèle ECOMARD (1), Leila ZEMOURA (1), Antoine MARTIN (1) (1) Service d’Anatomie et de Cytologie Pathologiques, (2) Service d’Hépato-Gastro-Entérologie, (3) Service de Réanimation, Hôpital Avicenne, 125 route de Stalingrad, 93009 Bobigny. RE ´ FE ´ RENCES 1. Rashid A, Hamilton SR. Necrosis of the gastrointestinal tract in uremic patients as a result of sodium polystyrene sulfonate (Kayexalate) in sorbitol : an underrecognized condition. Am J Surg Pathol 1997;21: 60-9. 2. Abraham SC, Bhagavan BS, Lee LA, Rashid A, Wu TT. Upper gastrointestinal tract injury in patients receiving kayexalate (sodium polystyrene sulfonate) in sorbitol : clinical, endoscopic, and histopatho- logic findings. Am J Surg Pathol 2001;25:637-44. 3. Lillemoe KD, Romolo JL, Hamilton SR, Pennington LR, Burdick JF, Williams GM. Intestinal necrosis due to sodium polystyrene (Kayexa- late) in sorbitol enemas : clinical and experimental support for the hypothesis. Surgery 1987;101:267-72. 4. Gardiner GW. Kayexalate (sodium polystyrene sulphonate) in sorbitol associated with intestinal necrosis in uremic patients. Can J Gastroen- terol 1997;11:573-7. 5. Begaud B, Evreux JC, Jouglard J, Lagier G. Imputation of the unexpected or toxic effects of drugs. Actualization of the method used in France. Therapie 1985;40:111-8. Lymphadénite inguinale suppurée compliquant un examen proctologique chez un homme porteur d’hémorroïdes stade IV L es complications infectieuses des gestes proctologiques de la maladie hémorroïdaire sont rares et parfois graves. Les principales sont les suppurations pelviennes ou les septicémies. Nous rapportons un cas de suppuration inguinale après un examen proctologique sans geste thérapeutique. Observation Un homme de 70 ans était hospitalisé pour fièvre à 39,5 °C avec frissons apparue 48 heures après un examen proctologique pour l’exploration d’hémorroïdes de stade 4. Le malade n’était pas diabétique et avait pour antécédents notables une cure de hernie inguinale bilatérale 15 ans auparavant et une appendi- cectomie. L’examen avait consisté en un toucher rectal, une anuscopie et une rectoscopie avec du matériel à usage unique. La rectoscopie avait comporté une insufflation afin de bien voir l’ampoule rectale. A l’admission, la température était de 39,5 °C. L’aine droite était le siège d’un placard inflammatoire, ferme, douloureux avec un cordon érythémateux en regard de la ligne de Malgaigne (figure 1). L’examen de la marge anale confirmait l’existence d’hémorroïdes prolabées de stade 4 sans thrombose, fissure ou abcès ; le toucher rectal était indolore. Les examens biologiques révélaient une hyperleucocytose à 12,8 g/L, dont 75 % de polynucléaires neutrophiles, et un taux sérique de protéine C réactive (CRP) à 150 mg/L. Il n’existait pas de diabète. Les 6 hémocultures et l’examen cytobactériologique des urines prélevés avant la mise en route de l’antibiothérapie étaient stériles. La sérologie pour le virus de l’immunodéficience humaine était négative. La radiographie de thorax était normale. Une échographie-doppler de la cuisse droite réalisée au 2 e jour de l’hospitalisation montrait une zone inflammatoire de 5 cm sur 3 cm de la racine de la cuisse sans thrombose veineuse et l’IRM pelvienne montrait une adénite non suppurée et l’absence de signe de cellulite pelvienne. Une antibiothérapie par amoxicilline et acide clavulanique, à la dose de 3 g/j, était débutée par voie intraveineuse dès les prélèvements bactériologiques effectués, Lettres à la rédaction 313