Exercice de la chirurgie
Les leçons de Bristol
Lessons learned from Bristol
H. Maisonneuve
a,
*,Y. Matillon
b
, B. Millat
c
, J. Marescaux
d
a
Service de santé publique, groupe hospitalier Lariboisière–Fernand-Widal,AP-HP, 200, rue Faubourg-Saint-Denis, Paris, France
b
Mission évaluations des compétences des professionnels de santé, hôpital Fondation-Saint-Joseph, Paris, France
c
Service de chirurgie digestive, hôpital Saint-Éloi, Montpellier, France
d
Service de chirurgie digestive, hôpitaux universitaires et IRCAD/EITS, Strasbourg, France
Reçu le 16 décembre 2003
Mots clés : Chirurgie ; Formation ; Litige
Keywords: Surgery; Formation; Litigation
1. Introduction
« L’histoire de l’infirmerie Royale de Bristol (Angleterre)
n’est pas celle de personnes qui ne savaient pas soigner, qui
auraient voulu nuire ou qui étaient de mauvais profession-
nels. Les acteurs étaient dévoués aux malades, motivés, et
attentifs à la souffrance humaine. Malheureusement certains
manquaient de perspicacité et leur comportement était inap-
proprié. La plupart n’ont pas communiqué entre eux et n’ont
pas travaillé ensemble dans l’intérêt des patients. L’esprit
ainsi qu’un chef d’équipe faisaient défaut ». Ces phrases sont
extraites d’un rapport d’enquête publique présenté au Parle-
ment anglais sous le titre « Learning from Bristol » [1]. Les
faits rapportés par la commission d’enquête ne sont ni un
jugement ni une accusation. Pour l’auteur de ce rapport, le
Professeur Ian Kennedy, ce qui s’est passé à Bristol peut se
reproduire n’importe où dans le monde.
Que s’est-il donc passé dans les hôpitaux de Bristol, gérés
par le Service national de santé anglais ? Quelles leçons
pouvons nous en tirer ?
2. Historique des faits
Dès la fin des années 1980, des rumeurs et des doutes
étaient exprimés à propos des résultats de la chirurgie cardia-
que à Bristol. En 1984, le service de chirurgie pédiatrique de
Bristol était retenu parmi les neuf centres destinés à être
financés de façon centrale par le National Health Service afin
d’éviter la prolifération d’unités spécialisées. Il était connu
cependant que des marges d’amélioration existaient : la cita-
tion ; Pediatric cardiac surgery at Bristol did not actually
shine as a star date de 1984 (page 134). En 1986 et 1987, des
rumeurs existaient au pays de Galles et à Cardiff (proche de
Bristol). À l’automne 1986, des cardiologues s’interro-
geaient sur les taux de mortalité en chirurgie cardiaque pédia-
trique à Bristol. En juin 1987, BBC Wales a diffusé un
programme Heart surgery, the second class service à propos
du service de chirurgie cardiaque pédiatrique à Bristol. Les
chirurgiens cardiaques et les cardiologues concernés ont
réagi et démenti ces critiques. En 1988, des anesthésistes ont
alerté des collègues et les autorités sanitaires à propos de
rumeurs qui circulaient au sein et à l’extérieur de l’hôpital.
En septembre 1988, peu après son arrivée à Bristol, un
anesthésiste faisait part de son étonnement devant la lon-
gueur des interventions et le temps des circulations extracor-
porelles plus élevé que dans d’autres centres chirurgicaux.
En 1989, le médecin anatomopathologiste publiait une étude
sur 76 enfants ayant eu une chirurgie pour une maladie
cardiaque congénitale dans le service de chirurgie cardiaque
pédiatrique à Bristol [2]. Dans 29 cas (dont 13 décès), il
existait des anomalies cardiaques supplémentaires non dia-
gnostiquées ou des erreurs chirurgicales.
Entre 1988 et 1994, les taux de mortalité dans le service de
chirurgie cardiaque pédiatrique de Bristol étaient, pour cinq
des sept années considérées, le double de ceux observés en
Angleterre. Les taux de mortalité n’avaient pas diminué au
* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : hervemaison@wanadoo.fr (H. Maisonneuve).
Annales de chirurgie 129 (2004) 114–118
www.elsevier.com/locate/annchi
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doi:10.1016/j.anchir.2003.12.013